Tchad : entre accueil des réfugiés soudanais et défis humanitaires majeurs
Le Tchad, terre d’accueil des réfugiés soudanais mais aussi nation en grande précarité
Avec une guerre dévastatrice au Soudan depuis avril 2023, plus de 14 millions de personnes ont été déplacées. Parmi les pays voisins, le Tchad se distingue malheureusement comme l’une des nations les plus touchées par cette crise. Premier pays d’Afrique centrale à accueillir des réfugiés par habitant, il compte désormais plus d’un million et demi de personnes fuyant les violences, selon les chiffres du HCR.
Malgré une légère amélioration de sa situation humanitaire en 2025, le Tchad reste l’un des États les plus vulnérables du continent africain. Près de quatre millions de ses habitants dépendent aujourd’hui d’une aide humanitaire pour survivre, un chiffre qui illustre l’ampleur des défis auxquels fait face le pays.
Un pays sous pression : entre solidarité et difficultés structurelles
Surnommé la « Tour de Babel du monde » en raison de sa diversité ethnique exceptionnelle avec plus de 200 groupes et 100 langues recensés, le Tchad cumule des défis économiques et sociaux majeurs. Avec un taux de pauvreté dépassant les 42 %, il figure parmi les pays les plus pauvres de la planète.
Son accueil des réfugiés soudanais, désormais plus de 900 000 personnes à la frontière orientale, s’accompagne de lourdes contraintes. Le pays doit en effet gérer des chocs climatiques répétés, une insécurité alimentaire croissante et des tensions sécuritaires persistantes, tout en maintenant ses frontières ouvertes.
Des catastrophes naturelles dévastatrices
Le nom même du Tchad, qui signifie « grande étendue d’eau » dans une langue locale, rappelle l’importance du lac Tchad, source vitale pour des millions de personnes. Pourtant, ce dernier se réduit dramatiquement sous l’effet du changement climatique, aggravant les crises environnementales.
En 2024, les inondations ont ravagé plus de 432 000 hectares de cultures, affectant près de deux millions de Tchadiens. Ces catastrophes ont révélé les faiblesses des infrastructures d’eau et d’assainissement, favorisant la propagation d’épidémies comme le choléra dès l’été dernier. Face à une démographie en pleine expansion, le pays dépasse désormais ses capacités d’adaptation, alors que la malnutrition touche particulièrement les plus jeunes.
Selon le Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC), près de deux millions d’enfants tchadiens âgés de six mois à cinq ans souffriront de malnutrition aiguë entre octobre 2025 et septembre 2026, dont près de 484 000 cas sévères.
Une insécurité persistante aux multiples visages
Les menaces sécuritaires ne faiblissent pas. Les groupes armés extrémistes, dont les activités de Boko Haram et de ses affiliés, continuent de semer la terreur dans la région du bassin du lac Tchad. Ces violences ont déjà provoqué le déplacement de plus de 250 000 personnes à l’intérieur du pays.
Le nord du Tchad est également le théâtre d’activités illégales, comme le trafic de charbon ou les violences basées sur le genre, aggravant encore la précarité des populations. Avec 87 % des réfugiés étant des femmes et des enfants, ces enjeux humanitaires deviennent encore plus critiques.
Les actions humanitaires en cours et leurs limites
Depuis le début du conflit soudanais, les autorités tchadiennes et le HCR ont réussi à installer près de 70 % des réfugiés dans des camps et zones d’accueil spécialement aménagés. Ces espaces offrent des services essentiels aux populations déplacées comme aux communautés locales.
Les agences onusiennes et leurs partenaires poursuivent leurs efforts pour apporter une aide humanitaire vitale, tant au Tchad qu’au Soudan voisin. Une réunion du Conseil de sécurité des Nations Unies est prévue le 19 février pour aborder la crise soudanaise, avec un accent particulier sur les violences faites aux femmes et aux filles dans ce pays.
Le bureau de coordination des affaires humanitaires (OCHA) a publié en 2026 un Plan d’action humanitaire prévoyant un budget de 986 millions de dollars. Ce plan vise à soutenir 3,4 millions de personnes, dont une part importante de réfugiés. « Nos priorités se concentreront sur les régions les plus affectées, notamment l’est du pays, la province du Lac et certaines zones du sud », a déclaré Stéphane Dujarric, porte-parole de l’ONU.
Témoignage d’une résiliente : Radwa Abdelkarim
Radwa Abdelkarim, une mère de six enfants de 37 ans, a trouvé refuge au Tchad en juin 2023 après avoir tout perdu au Soudan. « La guerre a emporté nos économies, nos proches et nos voisins. Certains ont été tués, d’autres sont portés disparus », raconte-t-elle avec émotion.
Grâce à son esprit entrepreneurial et à un soutien financier du HCR, elle a pu lancer une activité de boulangerie dans le camp de Farchana. Son succès lui a permis d’ouvrir deux épiceries et un restaurant, employant à ce jour une douzaine de réfugiés. « Je m’engage à soutenir d’autres femmes réfugiées pour qu’ensemble, nous puissions avancer et ne laisser personne de côté. La solidarité est notre force », confie-t-elle avec détermination.