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Actualités du Burkina Faso : politique, sécurité, économie et société, sans compromis éditoriaux.

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Souveraineté financière au Burkina Faso : le mythe de l’autonomie face à la dette réelle

Depuis le coup d’État mené par le capitaine Ibrahim Traoré, une expression martelée par les nouvelles autorités de Ouagadougou résume leur vision de l’économie : « Y’a pas crédit dedans ». Ce slogan, relayé sans relâche sur les réseaux sociaux et par les partisans du régime, prétend illustrer une autonomie financière totale du Burkina Faso. Selon cette rhétorique, les vastes chantiers routiers, les infrastructures sanitaires ou encore les équipements militaires seraient financés exclusivement par les ressources nationales, sans le moindre recours à l’endettement extérieur.

L’objectif est clair : présenter un pays enfin libéré de la tutelle des bailleurs internationaux et maître de son destin économique. Pourtant, derrière cette communication percutante se cache une réalité bien moins univoque.

Un discours séduisant, mais éloigné des chiffres

La quête d’une souveraineté financière n’a rien d’illégitime. Pour tout État, réduire sa dépendance aux capitaux étrangers, renforcer ses recettes internes et consolider ses capacités nationales constituent des priorités légitimes. Mais lorsque cette ambition se transforme en affirmation catégorique selon laquelle aucun crédit n’est mobilisé, la crédibilité des propos se heurte aux documents officiels, aux conventions signées et aux annonces gouvernementales.

Ces derniers mois, plusieurs accords conclus avec des institutions comme la Banque islamique de développement (BID) ont permis le lancement de projets routiers d’envergure. Ces financements, bien que concessionnels, restent des prêts à rembourser selon des modalités précises. Ils s’ajoutent à d’autres engagements contractés auprès de partenaires multilatéraux ou bilatéraux. Ainsi, derrière le slogan se profile une réalité moins glorieuse : le Burkina Faso continue de s’endetter, même si les conditions proposées allègent quelque peu le fardeau.

Pourquoi cette contradiction entre parole et actes ?

L’usage systématique de l’expression « Y’a pas crédit dedans » interroge. Si l’emprunt extérieur reste une pratique courante — voire indispensable — pour financer des infrastructures lorsque les fonds propres manquent, pourquoi nier systématiquement son recours ?

L’écart entre le discours officiel et les mécanismes concrets de financement alimente les doutes sur la sincérité de la communication gouvernementale. D’un côté, une rhétorique d’autonomie totale ; de l’autre, des partenariats financiers qui persistent, malgré leur présentation comme marginaux.

Une économie asphyxiée par ses défis

Le contexte économique actuel du Burkina Faso rend d’autant plus improbable l’hypothèse d’un autofinancement massif. Le pays cumule des pressions structurelles difficiles à ignorer :

  • une insécurité chronique aux coûts exorbitants ;
  • des dépenses militaires en constante augmentation ;
  • des finances publiques sous tension ;
  • un besoin criant d’infrastructures adaptées ;
  • des déplacements massifs de populations ;
  • des recettes fiscales en berne, conséquence du ralentissement économique dans plusieurs zones.

Dans un tel environnement, comment imaginer financer des projets colossaux — souvent estimés en centaines de milliards de francs CFA — sans recourir à des financements extérieurs ? Pour de nombreux analystes, cette perspective relève davantage du wishful thinking que de la réalité budgétaire.

La dette n’est pas le problème… l’opacité l’est

Il serait erroné de considérer l’emprunt public comme une aberration. Lorsqu’il sert à construire des routes, moderniser les hôpitaux ou électrifier des zones reculées, il peut devenir un levier de croissance. Le véritable enjeu réside dans la transparence.

Les citoyens méritent de connaître :

  • l’origine exacte des fonds mobilisés ;
  • les montants empruntés ;
  • les taux d’intérêt appliqués ;
  • les échéances de remboursement ;
  • les garanties exigées par les créanciers ;
  • le coût réel des projets pour l’État.

Une gouvernance responsable repose sur des comptes clairs, pas sur des slogans. Sans ces informations, comment évaluer si les engagements financiers serviront effectivement le développement à long terme ou alourdiront le fardeau des générations futures ?

Une stratégie avant tout politique

Derrière le slogan « Y’a pas crédit dedans » se cache une volonté de marquer une rupture avec le passé. Il s’agit de démontrer que le nouveau régime est capable de tracer sa propre voie, sans dépendre des anciennes puissances tutélaires. Cette communication joue aussi sur le sentiment patriotique, en période où la souveraineté nationale est un thème central du débat public.

Cependant, lorsque l’affichage prend le pas sur l’information financière, le risque est de créer des illusions difficiles à tenir. Une partie de l’opinion publique pourrait croire que l’État dispose de ressources illimitées, alors que la réalité est bien plus nuancée.

Un héritage qui pèsera sur les générations futures

Chaque emprunt contracté aujourd’hui devra être remboursé demain. Les infrastructures construites aujourd’hui profiteront aux Burkinabè de demain, mais ces derniers hériteront aussi des dettes accumulées. C’est pourquoi la clarté sur les engagements financiers relève d’un enjeu démocratique majeur.

Elle permet aux citoyens de juger si les fonds empruntés financent des projets porteurs de croissance, capables de générer suffisamment de richesses pour assurer leur remboursement. La souveraineté ne se mesure pas à l’absence de crédit, mais à la capacité d’un pays à gérer ses finances avec rigueur, à publier des comptes accessibles et à rendre des comptes à sa population.

La véritable souveraineté passe par la transparence

Une nation forte n’est pas celle qui nie ses dettes, mais celle qui les assume avec honnêteté. La souveraineté économique repose sur plusieurs piliers :

  • une gestion rigoureuse des finances publiques ;
  • des investissements ciblés et productifs ;
  • des comptes publics ouverts au débat ;
  • une information accessible aux contribuables ;
  • l’utilisation responsable de l’endettement ;
  • une stratégie visant à réduire progressivement la dépendance extérieure grâce à une économie plus compétitive.

Le slogan « Y’a pas crédit dedans » a marqué les esprits, mais il ne peut constituer un fondement durable pour la gestion économique d’un pays. Le Burkina Faso, comme la plupart des nations en développement, continuera de mobiliser des ressources extérieures pour financer une partie de son développement.

Le vrai débat ne porte donc pas sur l’opportunité d’emprunter, mais sur la qualité de la gouvernance financière. Transparence, efficacité et responsabilité doivent guider les choix budgétaires. Car, en définitive, ce sont les Burkinabè — aujourd’hui et demain — qui paieront le prix des décisions prises aujourd’hui.