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Analyses

Cameroun : la note s&p à l’épreuve du feu politique et économique

Standard & Poor’s a maintenu la note souveraine du Cameroun à « B-/B » avec perspective stable, mais les réactions des marchés et des analystes révèlent une inquiétude bien plus profonde que ce que suggère le classement. La décision, tombée en septembre, survient à un moment où la transition politique à Yaoundé devient un sujet incontournable, transformant la note en un baromètre des risques futurs plutôt qu’en une simple validation des performances économiques. Entre cautions budgétaires et fragilités structurelles, le verdict de S&P soulève une question cruciale : le pays pourra-t-il traverser cette période charnière sans fissurer ses fondations financières ?

Un maintien en trompe-l’œil : la stabilité de façade masque des tensions réelles

Le maintien à « B-/B » par S&P n’a rien d’un feu vert inconditionnel. L’agence reconnaît les efforts du gouvernement camerounais pour respecter ses engagements auprès du Fonds monétaire international (FMI), notamment en réduisant le déficit budgétaire et en rationalisant certaines dépenses publiques. Pourtant, cette performance reste fragile, comme en témoigne sa position cinq crans en dessous du seuil « investment grade ». Cette classification reflète une vulnérabilité persistante aux chocs externes, aggravée par une dette publique alourdie et une dépendance excessive aux revenus pétroliers, elle-même soumise aux aléas des cours mondiaux.

Sous la surface rassurante se cachent des indicateurs structurels préoccupants. Le ratio de recettes fiscales non pétrolières, par exemple, plafonne à peine entre 12 % et 13 % du PIB, un niveau bien inférieur à celui des économies comparables. Parallèlement, le service de la dette extérieure grignote une part croissante des ressources publiques, limitant drastiquement la capacité d’investissement dans les infrastructures ou les secteurs sociaux. Les analystes de S&P insistent ainsi sur le caractère artificiel de cette stabilité, tant que les réformes de fond n’auront pas pris racine.

La transition politique, nouveau casse-tête des marchés et de la CEMAC

C’est désormais l’équation politique qui dicte le tempo. La perspective d’une succession présidentielle dans un contexte de règne ininterrompu depuis plus de quarante ans fait de la stabilité institutionnelle une variable clé pour les investisseurs. S&P avertit qu’un processus électoral chaotique, une contestation post-scérutinale ou une transition mal préparée pourraient précipiter une fuite des capitaux et une dégradation brutale de la note. À l’inverse, une transition maîtrisée et consensuelle offrirait une fenêtre d’opportunité pour consolider la confiance des bailleurs et relancer des projets d’envergure.

Le Cameroun, locomotive économique de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), joue un rôle pivot dans la région. Sa signature souveraine influence directement les conditions d’emprunt des autres pays de la zone franc, du Gabon au Congo. Un décrochage du Cameroun pourrait donc déclencher un effet domino, mettant à mal les réserves de change communes gérées par la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) et fragilisant l’ensemble de l’union monétaire.

Équilibre budgétaire et réformes Structurelles : un年起跑线 loin d’être franchie

Malgré les avancées notables, comme la réduction des subventions aux carburants ou la limitation de la masse salariale, les vulnérabilités du Cameroun restent criantes. La baisse structurelle de la production pétrolière, combinée à une faible diversification économique, continue d’exposer le pays aux fluctuations des prix de l’énergie. Les recettes d’exportation diminuent, tandis que les importations (alimentaires, énergétiques) ne faiblissent pas, creusant le déficit commercial. Le service de la dette, qui absorbe une part croissante du budget national, laisse peu de marge pour financer des investissements productifs ou des programmes sociaux ambitieux.

S&P pointe aussi du doigt des lacunes persistantes dans la gouvernance des entreprises publiques, notamment dans les secteurs des hydrocarbures et de l’électricité. La Société nationale des hydrocarbures (SNH) et Camair-Co figurent parmi les entités dont la restructuration doit encore prouver son efficacité pour crédibiliser la trajectoire annoncée jusqu’en 2027. Sans progrès tangibles, la crédibilité des engagements pris auprès du FMI et des partenaires multilatéraux risque de s’effriter rapidement.

Marchés financiers et bailleurs : entre opportunités et mises en garde

Pour les investisseurs internationaux, la note « B-/B » du Cameroun ouvre des portes, à condition de naviguer avec prudence. Les gestionnaires d’actifs pourraient être tentés de souscrire à de nouvelles émissions de dette souveraine ou à des placements privés, si les conditions de marché le permettent. Cependant, l’avertissement explicite de S&P sur le risque politique agit comme un frein. Les capitales occidentales, tout comme les pays du Golfe désormais très impliqués dans le financement des infrastructures africaines, observent Yaoundé avec une attention redoublée.

L’agence a clairement lié la stabilité de sa perspective à la capacité des autorités à garantir une transition politique apaisée. Un scénario de crise institutionnelle pourrait en effet entraîner un retrait brutal des capitaux étrangers, privant le Cameroun de l’accès aux marchés internationaux et aggravant ses difficultés de financement. Dans cette équation, chaque décision prise dans les mois à venir pèsera lourd dans la balance.

Charles Mbami

Reporter Sécurité et politique