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Analyses

Bandiagara : la CNDH somme l’État malien de protéger ses citoyens

Le centre du Mali sombre un peu plus chaque jour dans une violence qui semble hors de tout contrôle. Face aux récentes attaques meurtrières de Ningari et Sarédina, la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH) a brisé le silence. Sa déclaration met crûment en lumière les failles profondes de la politique sécuritaire menée par les autorités de transition.

Le déroulement est devenu d’une banalité tragique : des villages pris pour cible, des civils désarmés exécutés, des habitations réduites en cendres, puis le flot habituel de communiqués officiels promettant indignation et soutien. Les atrocités commises dans le cercle de Bandiagara, à Ningari et Sarédina, révèlent une réalité que le discours officiel tente de masquer : en dépit des annonces vantant la puissance retrouvée des Forces armées maliennes (FAMa), la protection concrète des populations sur le terrain demeure un échec flagrant.

Le mirage de la souveraineté et l’abandon des civils

La prise de position de la CNDH, portée par sa présidente par intérim, Me Aissata Founè Tembely, agit comme un électrochoc pour le pouvoir à Bamako. En martelant que la sauvegarde des personnes et de leurs biens est l’« obligation régalienne première » de l’État, la Commission dresse un réquisitoire sévère contre l’incapacité administrative et militaire sur le terrain.

Dans la région du Pays Dogon, l’absence de dispositifs étatiques permanents et efficaces laisse les communautés totalement vulnérables face aux groupes armés terroristes. Pendant que le débat public se focalise sur les questions de souveraineté nationale et la maîtrise de la communication, le pacte social fondamental unissant l’État à ses citoyens du centre du pays s’est tout simplement brisé. La véritable souveraineté ne se juge pas à la vigueur des discours prononcés dans la capitale, mais bien à la capacité concrète d’assurer la sécurité d’un simple paysan ou commerçant à Ningari.

L’impunité installée et l’éternel refrain des enquêtes

Comme après chaque drame, la CNDH exige l’ouverture d’enquêtes « indépendantes et impartiales » afin que les responsables répondent de leurs actes. Mais comment ces appels peuvent-ils être crédibles alors que le système judiciaire est totalement paralysé dans les zones de conflit ?

La succession des massacres, sans qu’aucun procès d’ampleur ne vienne établir les responsabilités, nourrit un sentiment d’impunité particulièrement destructeur. À défaut de poursuites tangibles, ces exigences d’enquête apparaissent comme un simple rituel administratif visant à combler un vide institutionnel. Cette justice défaillante érode la confiance des populations envers leur État. Résultat : les communautés se sentent abandonnées et se tournent vers des milices d’autodéfense ou des alliances opportunistes, ce qui fragilise davantage le tissu social déjà très éprouvé.

Le tout-militaire, une stratégie piégée et le droit humanitaire bafoué

En exhortant les FAMa à un respect scrupuleux du Droit International Humanitaire (DIH), la CNDH soulève la question des dérives possibles d’une approche exclusivement répressive, dépourvue de garde-fous. Dans leur lutte contre les terroristes, les forces de l’ordre et leurs supplétifs sont fréquemment accusés par la société civile de commettre des amalgames et des exactions contre les habitants.

Cette stratégie, qui met l’accent sur les résultats chiffrés et les opérations spectaculaires plutôt que sur une sécurisation durable des populations, produit un effet contraire à celui escompté. Chaque bavure ou exécution sommaire devient un puissant levier de recrutement pour les mouvements extrémistes. En rappelant que l’antiterrorisme ne saurait se passer du respect des droits humains, la CNDH adresse un avertissement : une victoire militaire acquise au mépris du droit n’est qu’une illusion, qui ne fera que préparer les contestations de demain.

Le message de la CNDH est sans équivoque. Si les autorités de transition persistent à privilégier la posture politique et la communication sécuritaire au détriment d’une protection réelle, impartiale et judiciaire de leurs concitoyens, le Mali risque de perdre bien davantage que des portions de territoire : il perdra la légitimité même de son institution étatique.