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Togo : quand le symbole cartographique masque l’urgence scolaire

Un travail de précision sur une carte ne saurait remplacer des infrastructures solides. En mettant en avant une cartographie respectant les dimensions réelles du continent, les autorités togolaises ont réalisé une opération de communication remarquable. Si le geste est symboliquement fort et le discours panafricain séduisant, la réalité demeure implacable : le plus grand lycée public du Togo menace de s’effondrer, sans susciter l’émoi attendu.

Une nation se mesure aussi à ses écoles

La grandeur d’un pays ne se limite pas à sa représentation sur une carte. Elle s’évalue également à l’état de ses établissements scolaires, à la qualité de ses salles de cours, à la sécurité de ses élèves et aux conditions de travail de ses enseignants. Le contraste est d’autant plus frappant pour le pouvoir : corriger les proportions d’un continent sur un planisphère prend quelques heures, tandis que réparer une école exige des décisions, des financements et, surtout, une réelle volonté politique.

Le quotidien des élèves face à la rhétorique

Sur le terrain, les discours panafricains se heurtent à une jeunesse laissée pour compte. Chaque matin, des milliers d’élèves s’entassent dans des salles vétustes, dépourvues de matériel adéquat, sous des toits qui menacent de céder à la moindre pluie. Dans ces établissements, le problème est loin d’être théorique. Il affecte directement la sécurité des enfants, la qualité de leur apprentissage et, à terme, leurs perspectives d’avenir.

Un panafricanisme qui devrait commencer en classe

Le véritable panafricanisme devrait prendre racine dans les salles de classe. Une jeunesse ne retrouvera pas sa dignité simplement parce que l’Afrique apparaît plus grande sur une carte. Elle la retrouvera lorsque ses enfants pourront étudier dans des lieux sûrs, avec des manuels, des laboratoires, des bibliothèques, des équipements numériques et des enseignants convenablement soutenus.

Des priorités qui interrogent

Ce contraste soulève une question fondamentale sur les priorités de l’État : comment prétendre restaurer la fierté nationale à l’international quand les enfants sont privés des conditions minimales d’apprentissage ? À quoi sert une communication panafricaine ambitieuse si, parallèlement, les infrastructures censées préparer la prochaine génération à porter cette ambition tombent en ruine ?

La dimension politique ne peut être éludée par un simple symbole cartographique. Une école délabrée n’est pas qu’un bâtiment mal entretenu. Elle est le reflet d’une succession de choix budgétaires, de priorités administratives et de décisions publiques. Lorsqu’un établissement accueillant des milliers d’élèves se dégrade au point de devenir préoccupant, la question n’est plus seulement de savoir qui doit réparer, mais pourquoi l’entretien et la rénovation n’ont pas été anticipés.

L’éducation, premier investissement d’un État tourné vers l’avenir

L’éducation devrait figurer parmi les premiers investissements d’un État qui prétend préparer l’avenir. Chaque année passée dans des infrastructures inadéquates représente potentiellement des milliers d’heures d’apprentissage perdues, une motivation qui s’érode et des inégalités qui se creusent. Les enfants issus des familles les plus modestes sont les premiers à payer le prix de cette situation, faute d’alternatives lorsque le service public se dégrade.

Un contrat brisé entre l’État et sa jeunesse

Le problème dépasse donc largement les murs fissurés, les toitures vieillissantes ou les salles insuffisamment équipées. Il touche au contrat entre l’État et sa jeunesse. Que dit un gouvernement à ses enfants lorsqu’il leur demande de croire en l’avenir tout en leur offrant des conditions d’étude qui appartiennent au passé ?

Une politique publique sérieuse devrait être jugée sur sa capacité à produire des résultats visibles dans la vie quotidienne. Les inaugurations, les cartes, les discours et les grandes annonces peuvent nourrir le récit politique. Mais l’électeur, le parent et surtout l’élève finissent toujours par regarder ce qui se trouve devant eux : une salle de classe, un toit, un tableau, une chaise, un manuel, un enseignant et des conditions de sécurité acceptables.

Symboles et réalités : ne pas confondre les genres

Il ne s’agit évidemment pas d’opposer la reconnaissance de la véritable superficie de l’Afrique à la construction d’écoles. Il s’agit de rappeler une évidence : les symboles ne doivent jamais devenir un substitut aux politiques publiques. Un État peut défendre simultanément une vision panafricaine ambitieuse et investir massivement dans ses infrastructures scolaires. L’un ne devrait jamais servir à masquer l’absence de l’autre.

Redonner à l’Afrique sa juste taille sur un planisphère ne coûte qu’un trait de crayon. Offrir à des milliers d’enfants une école digne de ce nom exige en revanche des milliards, de la planification, du contrôle et une volonté politique durable. C’est précisément cette différence qui donne à cette situation toute sa portée.

La grandeur d’un pays se lit dans ses écoles

Car la véritable grandeur d’un pays ne se lit pas uniquement sur une carte. Elle se voit dans les écoles qu’il construit, dans les enfants qu’il protège et dans les moyens qu’il donne à sa jeunesse pour réussir.

En privilégiant l’éclat des symboles au détriment de l’éducation, le régime ne corrige pas l’histoire : il risque d’hypothéquer l’avenir. Une carte peut redessiner notre regard sur l’Afrique. Elle ne peut pas, à elle seule, construire une salle de classe, sécuriser un toit ou donner à un enfant les moyens de réussir.

Le véritable combat panafricain commence donc là où les caméras sont moins nombreuses : dans les salles de classe, là où se construit réellement l’Afrique de demain.