Volaille béninoise : le pari de la souveraineté protéique d’ici 2033
Le Palais des Congrès de Cotonou a servi de cadre, ce jeudi 25 juin 2026, au lancement de la première édition du Salon Expo Avicole. Bien plus qu’une simple foire commerciale, cet événement marque le début d’une ambitieuse stratégie de reconquête économique pour le Bénin. L’objectif affiché par le gouvernement est clair : atteindre une production de 100 000 tonnes de produits avicoles d’ici 2033, afin de combler un déficit structurel qui pèse lourdement sur les finances du pays.
Un déficit de 80 000 tonnes, une hémorragie financière
Chaque année, la consommation béninoise de viande de volaille et d’œufs atteint au moins 100 000 tonnes. Mais la production locale plafonne à seulement 20 000 tonnes. Ce fossé de 80 000 tonnes est comblé par des importations massives, ce qui représente une sortie de devises considérable. Pour l’État, cette dépendance est devenue insoutenable, d’autant plus dans un contexte de volatilité des cours mondiaux et de tensions sur les chaînes d’approvisionnement.
L’enjeu macroéconomique : retenir les capitaux sur le territoire
Le ministre de l’Agriculture, de l’Élevage et de la Pêche, Adin Yeton Bloukounon Goubalan, qui représentait le président Romuald Wadagni, a été très clair lors de son discours d’ouverture. L’ambition première est de retenir ces capitaux au Bénin. En relocalisant la production, le gouvernement ne cherche pas seulement à nourrir la population, mais aussi à restructurer la balance commerciale. Chaque tonne de poulet produite localement est présentée comme une victoire contre la fuite des devises et un investissement direct dans l’industrie nationale.
Le plan « Bénin Vert 2033 » et ses piliers
Cette offensive avicole s’inscrit dans le cadre de la Vision Bénin Vert 2033, un programme à long terme qui fait de la « souveraineté protéique » une priorité de sécurité nationale. Pour atteindre cet objectif en moins d’une décennie, l’exécutif mise sur une intégration verticale de la filière. L’État joue un rôle de facilitateur et de régulateur, mais le succès repose sur l’engagement des investisseurs privés et des institutions financières. Le ministre a souligné une approche globale : « L’avenir de notre aviculture dépendra de notre capacité collective à produire davantage, à transformer davantage et à créer davantage de valeur sur notre territoire. »
Au-delà des enjeux financiers, le retour sur investissement attendu est social. Le développement de couvoirs, d’usines d’aliments pour bétail et de centres de transformation modernes est perçu comme un gisement d’emplois massifs, ciblant prioritairement les jeunes et les femmes, qui sont les piliers de l’économie rurale et périurbaine.
Une filière unie autour de l’Interprofession avicole du Bénin
Le succès de ce plan Marshall de la volaille dépendra de l’alignement de tous les acteurs. C’est la raison d’être de ce salon, initié par l’Interprofession avicole du Bénin (IAB). Pour la première fois, l’ensemble de la chaîne de valeur a été réuni : producteurs, fabricants d’aliments, vétérinaires, distributeurs et chercheurs. Léon Anago, président de l’interprofession, a souligné que ce salon doit servir de catalyseur pour transformer des initiatives dispersées en une filière structurée, capable de rassurer les banques et d’attirer les capitaux. L’enjeu est de prouver que l’aviculture béninoise n’est plus un secteur de subsistance, mais un marché à forte rentabilité et un levier de croissance économique.
L’axe Cotonou-Rabat : un transfert d’expertise marocain
Pour accélérer cette mise à niveau, le Bénin s’appuie sur des partenariats sud-sud, notamment avec le Maroc. La Fédération interprofessionnelle du secteur avicole du Maroc (FISA) a apporté un soutien technique et logistique crucial. La présence à Cotonou du ministre marocain de l’Agriculture, Ahmed El Bouari, témoigne de l’importance politique de cet axe. Le Maroc, qui a modernisé sa filière avicole avec succès, se positionne comme un partenaire stratégique. Le ministre marocain a salué les réformes structurelles engagées par Cotonou, estimant que cette coopération dépasse les relations diplomatiques et pose les bases d’une prospérité partagée et d’une souveraineté alimentaire élargie à l’échelle du continent.
Un défi continental : vers un nouveau modèle de résilience
En clôture des premières sessions de travail, un constat s’est imposé : la bataille que livre le Bénin pour son autosuffisance en protéines reflète un défi plus large pour l’Afrique. En cherchant à produire ce qu’il consomme, le pays tente de s’extirper des pièges de la dépendance importatrice. Le défi est immense : passer de 20 000 à 100 000 tonnes d’ici 2033 signifie multiplier la production par cinq en sept ans. Un saut quantitatif et qualitatif ambitieux qui, s’il réussit, démontrera qu’une gestion rigoureuse de la politique agricole peut devenir le meilleur bouclier macroéconomique pour un pays en développement.