Analyses

Stratégies pour réduire la dette du Sénégal : experts prônent diversification et souveraineté

Face à une dette publique sénégalaise en hausse constante, des économistes réunis à Dakar ont appelé à une refonte des partenariats financiers du pays. Lors d’un colloque dédié à la gestion de la dette au Sénégal, ces experts ont souligné l’urgence de diversifier les sources d’emprunt et de rompre avec la dépendance aux institutions multilatérales traditionnelles.

un taux d’endettement record et des engagements cachés

Les autorités actuelles du Sénégal ont révélé avoir identifié des engagements financiers non divulgués pris par les gouvernements précédents entre 2019 et 2024. Ces révélations ont fait bondir le taux d’endettement du pays à 132 % du PIB, un niveau jugé préoccupant par les observateurs.

L’ex-président Macky Sall a réfuté ces accusations, mais la polémique persiste. Les participants à la conférence ont insisté sur la nécessité d’un audit complet de la dette publique pour clarifier l’étendue des engagements et identifier les marges de manœuvre budgétaires.

diversifier les partenariats : la clé pour une dette plus soutenable

Plusieurs voix se sont élevées pour proposer des alternatives aux institutions multilatérales, souvent critiquées pour leurs conditions strictes. Demba Moussa Dembélé, président de l’Africaine de recherche et de coopération pour l’appui au développement endogène, a plaidé en faveur d’une coopération renforcée avec des pays comme la Chine, qu’il présente comme un partenaire plus respectueux de la souveraineté sénégalaise.

Selon lui, ces alliances permettraient au Sénégal de sortir du « système néocolonial » imposé par les créanciers traditionnels. Il a également insisté sur l’importance de s’appuyer sur des savoirs locaux et des modèles de développement endogènes pour réduire la dépendance financière extérieure.

Ali Zafar, conseiller économique au Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), a proposé une stratégie inspirée de la Turquie : élargir le cercle des créanciers en intégrant de nouveaux acteurs régionaux et internationaux. « Le Sénégal peut, comme la Turquie, se tourner vers l’Arabie Saoudite pour diversifier ses sources de financement », a-t-il suggéré.

Il a rappelé que le Fonds monétaire international (FMI) n’est pas la seule option et que des discussions bilatérales avec la Chine pourraient offrir des opportunités intéressantes, notamment en matière de gestion de la dette.

négocier avec le FMI : protéger les secteurs sociaux et affirmer la souveraineté

Les experts ont également abordé les négociations en cours entre le Sénégal et le FMI. Selon Ali Zafar, Dakar doit aborder ces échanges avec des contre-propositions solides pour défendre ses intérêts, notamment dans les domaines de l’éducation et de la santé.

Il a critiqué le modèle imposé par le FMI, qui limite la marge de manœuvre des États en difficulté. « On ne peut pas sacrifier l’ensemble des recettes nationales au remboursement de la dette, ni utiliser des prêts internationaux pour éponger des créances privées », a-t-il dénoncé.

Pour lui, il est temps que les pays africains, y compris le Sénégal, unissent leurs forces pour s’opposer aux règles imposées par les institutions financières internationales. Il a même évoqué la possibilité de créer une banque centrale indépendante pour mieux contrôler la gestion de la dette et des finances publiques.

« Aucun pays d’Asie n’aurait accepté une telle situation », a-t-il martelé, estimant que le Sénégal dispose de solutions concrètes pour sortir de la crise de la dette et réduire sa dépendance au FMI.

des discussions en cours à Washington

Les négociations entre le Sénégal et le FMI se poursuivent activement. Fin avril, des représentants du ministère des Finances et du Budget, dont Alioune Diouf, directeur de la dette, se sont rendus à Washington pour échanger avec les dirigeants de l’institution.