Stratégie des États-Unis face aux juntes du Sahel tournées vers la Russie
Pourquoi Washington relance sa stratégie militaire et économique au Sahel malgré l’influence russe
Crédit photo : AFP via Getty Images
Les États-Unis marquent un tournant dans leur politique africaine en réaffirmant leur engagement auprès des juntes militaires du Burkina Faso, du Mali et du Niger, trois pays du Sahel désormais alliés à la Russie. Cette stratégie, annoncée via la visite officielle de Nick Checker, chef du Bureau des affaires africaines, à Bamako, vise à dépasser les tensions passées et à renouer des liens en misant sur la souveraineté et les intérêts communs.
Une rupture avec l’administration Biden et un recentrage sur la sécurité
Contrairement à l’administration précédente, qui conditionnait son aide à la restauration de la démocratie, l’actuel gouvernement américain privilégie désormais la stabilité sécuritaire et les ressources stratégiques de la région. Cette approche s’inscrit dans un contexte où les groupes djihadistes représentent une menace croissante, notamment dans la région des trois frontières où le Mali, le Burkina Faso et le Niger se font face.
Les États-Unis estiment que la perte de contrôle territorial au profit des insurgés pourrait créer des refuges pour le terrorisme, susceptible de s’étendre bien au-delà de l’Afrique. Avec près de la moitié des morts liés au terrorisme dans le monde concentrés au Sahel, la situation est qualifiée par les experts de « épicentre du djihadisme global ».
L’uranium, l’or et le lithium : enjeux stratégiques du Sahel
Au-delà de la lutte antiterroriste, Washington s’intéresse aux minerais critiques de la zone :
- L’uranium du Niger, une ressource vitale pour l’industrie nucléaire mondiale ;
- L’or du Burkina Faso, dont l’exploitation est menacée par l’insécurité ;
- Le lithium du Mali, essentiel pour les batteries des véhicules électriques et les technologies vertes.
Le Niger, par exemple, a nationalisé sa principale mine d’uranium, autrefois exploitée par l’entreprise française Orano, et explore désormais des partenariats avec la Russie. Une dynamique que les États-Unis cherchent à contrer en proposant une alternative sécuritaire et économique.
Une stratégie sans troupes au sol : renseignement et armes discrètes
L’administration Trump évite les engagements militaires lourds, comme le démontre la fermeture de la base de drones d’Agadez au Niger après les pressions de l’administration Biden. Aujourd’hui, Washington mise sur :
- Un soutien en renseignement pour cibler les groupes armés ;
- La fourniture d’armes légères aux juntes militaires ;
- Une coopération économique renforcée.
Le général John Brennan, directeur adjoint de l’Africom, a confirmé que les États-Unis maintenaient leur appui aux trois pays dans leur lutte contre l’État islamique au Grand Sahara (EIGS), tout en évitant un déploiement massif de soldats.
L’influence russe : un rival toléré mais surveillé
Contrairement à l’UE ou à la CEDEAO, les États-Unis ne considèrent pas la présence des mercenaires russes (comme ceux du groupe Wagner) comme une menace pour la stabilité régionale. Cependant, Washington souhaite contrebalancer l’influence de Moscou en proposant une alliance sécuritaire alternative.
Cette stratégie s’inscrit dans le cadre de l’Alliance des États du Sahel (AES), créée par les juntes du Mali, du Burkina Faso et du Niger après leur retrait de la CEDEAO. Cette alliance, axée sur l’autonomie régionale, marque une rupture avec les anciennes puissances coloniales et les organisations internationales traditionnelles.
Un pari risqué ? Les défis à relever
Si l’aide américaine en renseignement et en armement pourrait permettre des victoires ponctuelles contre les djihadistes, les experts soulignent que la pauvreté, les tensions sociales et les crises économiques persistent. Comme l’a montré l’échec de l’intervention française sur plus d’une décennie, une solution purement militaire ne suffit pas à rétablir une paix durable.
Les prochains mois seront déterminants pour évaluer si cette nouvelle approche américaine, plus pragmatique mais moins exigeante sur le plan démocratique, permettra de stabiliser une région en proie à l’instabilité.
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