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Retrait des pays du Sahel de la CPI : un danger pour la justice internationale

Pourquoi le retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la CPI fragilise-t-il les victimes ?

L’Initiative mondiale contre l’impunité (GIAI), regroupant notamment la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), la Coalition pour la CPI, Redress et Women’s Initiatives for Gender Justice (WIGJ), dénonce avec force la décision des pays de l’Alliance des États du Sahel (AES)Burkina Faso, Mali et Niger – de se retirer du Statut de Rome, base juridique de la Cour pénale internationale (CPI). Cette annonce, bien qu’immédiate dans son annonce, ne prendra effet qu’après un délai d’un an, conformément à l’article 127 du Statut. D’ici là, ces États restent tenus par leurs obligations, notamment celle de coopérer avec la Cour.

Cependant, cette démarche marque un recul historique. Elle affaiblit non seulement la CPI, mais aussi l’ensemble du système de justice internationale, alors que les crimes les plus graves persistent dans la région, souvent liés à des groupes terroristes comme Ansar Dine ou des milices djihadistes.

En effet, le Mali, par exemple, a lui-même saisi la CPI en 2012 pour des crimes commis sur son territoire. Plusieurs procédures sont en cours, dont celle concernant Ahmed Al Mahdi, condamné en 2016 pour la destruction de sites culturels à Tombouctou, ou celle d’Al Hassan, dont le procès pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité s’est conclu en juin 2024. La Cour doit prochainement statuer sur les réparations pour les victimes. Un mandat d’arrêt reste également actif contre Iyad Ag Ghaly, chef présumé d’Ansar Dine.

Des décennies de leadership africain en péril

Les États africains ont joué un rôle pionnier dans la création de la CPI en 1998, en ratifiant massivement le Statut de Rome et en renvoyant des situations nationales à la juridiction de la Cour. Ce soutien avait permis aux victimes des crimes les plus graves d’accéder à une justice internationale lorsque les systèmes judiciaires nationaux étaient défaillants ou sous influence politique. Le retrait actuel bouleverse cette dynamique et prive les populations du Sahel d’un recours essentiel face à l’impunité.

Cette décision s’inscrit dans un contexte plus large de recul des institutions régionales. En janvier 2025, les trois pays ont également quitté la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), une institution qu’ils avaient contribué à construire et qui avait établi un bilan solide en matière de protection des droits humains. Ces retraits simultanés isolent davantage les victimes et affaiblissent les mécanismes de lutte contre l’impunité dans une région en proie à des violences extrêmes, notamment liées au terrorisme.

« En se retirant de la CPI, les États du Sahel privent les victimes d’un dernier espoir de justice », déclare Drissa Traoré, secrétaire général de la FIDH. « Dans ces pays confrontés à des crises multidimensionnelles, les juridictions nationales peinent à enquêter sur les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité, faute de volonté politique et de moyens. La CPI représentait jusqu’ici une lueur d’espoir. »

Un coup dur pour une justice internationale déjà sous pression

Le retrait des pays du Sahel intervient alors que la CPI fait face à des critiques croissantes et à des tentatives de déstabilisation. En 2025, la Hongrie a également annoncé son intention de quitter le Statut de Rome, une décision critiquée pour son impact sur la lutte mondiale contre l’impunité. Malgré les controverses passées concernant la sélectivité géographique de la Cour, celle-ci a progressivement élargi son champ d’action, menant des enquêtes en Afghanistan, Bangladesh/Myanmar, Palestine, Ukraine, Venezuela, Libye et Philippines. Les récentes arrestations, comme celle d’anciens responsables libyens ou de Rodrigo Duterte, illustrent cette volonté d’universalité, même si elle expose la Cour à des pressions politiques accrues.

« Les États parties doivent faire preuve de fermeté et réaffirmer leur engagement envers la CPI, la lutte contre l’impunité et les droits des victimes à travers le monde », souligne Alix Vuillemain, directrice exécutive de Women’s Initiatives for Gender Justice. « À l’heure où la Cour subit des attaques, les États doivent renforcer son universalité, non se replier sur eux-mêmes. S’isoler ne fera qu’aggraver l’impunité. »

Pourquoi le Statut de Rome reste-t-il crucial pour les victimes ?

Le Statut de Rome consacre des principes fondamentaux pour la justice internationale :

  • L’absence d’immunité pour les chefs d’État et les responsables de crimes graves ;
  • La complémentarité avec les juridictions nationales, permettant à la CPI d’intervenir lorsque les systèmes locaux sont incapables ou unwilling d’agir ;
  • Le droit des victimes à participer aux procédures judiciaires et à demander réparation.

Le retrait du Statut par les pays du Sahel risque d’affaiblir ces protections, de compromettre les avancées en matière de normes internationales et de laisser les victimes sans recours face à des crimes d’une extrême gravité. La GIAI appelle donc tous les États parties à la CPI à réaffirmer leur soutien au Statut de Rome et à préserver la Cour comme ultime rempart contre l’impunité.

Dans un contexte où les violences s’intensifient au Sahel et dans d’autres régions du monde, il est plus que jamais nécessaire de soutenir la justice internationale. Les victimes ne doivent pas être abandonnées à leur sort.