Affaire Moussa Mara au Mali : un procès qui menace la liberté d’expression
Moussa Mara, ancien Premier ministre du Mali, comparaissait mardi devant le tribunal de Bamako pour une audience où ses avocats demandaient sa libération provisoire. Les juges ont rejeté cette demande, tandis que le parquet a requis une peine de deux ans d’emprisonnement contre lui. Cette décision illustre la répression croissante menée par la junte militaire en place contre l’opposition et les voix dissidentes.
L’arrestation de Moussa Mara est intervenue le 1er août, après la publication sur les réseaux sociaux d’un message exprimant son soutien aux prisonniers politiques maliens. Il y promettait de défendre leurs droits et de leur rendre justice. Les autorités l’ont accusé d’avoir porté atteinte au crédit de l’État, d’avoir contesté l’autorité légitime, d’incitation à la perturbation de l’ordre public et de diffusion de fausses informations. Son procès, ouvert le 29 septembre, se déroule devant un tribunal spécialisé dans la cybercriminalité. Le verdict est attendu pour le 27 octobre, suscitant des interrogations sur l’équité de la procédure.
Les accusations portées contre lui semblent directement porter atteinte à la liberté d’expression. « Ces charges n’ont aucun lien avec le contenu du message publié par Moussa Mara sur X », a dénoncé un membre de son équipe de défense. Le bâtonnier Mounkaïla Yayé a quant à lui affirmé : « Il s’agit d’un procès politiquement motivé contre la liberté d’expression. Cela pourrait établir un dangereux précédent. »
Un contexte politique marqué par l’autoritarisme et la répression
Depuis le coup d’État de 2021 mené par le général Assimi Goïta, la junte au pouvoir au Mali a intensifié la répression contre l’opposition, les médias et la société civile. Tous les partis politiques ont été interdits, et de nombreux journalistes, activistes et opposants ont été victimes d’intimidations, de disparitions forcées ou d’emprisonnements arbitraires. Le général Goïta a consolidé son emprise sur le pouvoir sans organiser d’élections, retardant ainsi le rétablissement d’un régime démocratique.
La junte a également ignoré les appels internationaux à rendre des comptes pour les violations des droits humains commises par les forces de sécurité. Aucune enquête sérieuse n’a été ouverte, et les responsables de ces exactions n’ont pas été traduits en justice. En janvier 2025, le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont quitté la CEDEAO, privant leurs citoyens d’un recours juridique devant la Cour de justice de cette organisation. En septembre, ces trois pays ont annoncé leur retrait de la Cour pénale internationale, une décision qui fragilisera davantage l’accès à la justice pour les victimes de crimes graves.
Une atteinte inquiétante à la liberté d’expression
L’affaire Moussa Mara envoie un signal alarmant : exprimer sa solidarité avec des personnes réprimées est désormais interdit au Mali. Cette situation révèle l’intolérance de la junte envers toute forme de dissidence. Pour préserver les droits fondamentaux, les autorités maliennes doivent immédiatement abandonner les charges contre Moussa Mara, le libérer sans condition, et relâcher tous les prisonniers détenus arbitrairement. Le respect de la liberté d’expression et des droits humains doit être une priorité absolue.