Le Faso Libre

Actualités du Burkina Faso : politique, sécurité, économie et société, sans compromis éditoriaux.

Le Faso Libre

Actualités du Burkina Faso : politique, sécurité, économie et société, sans compromis éditoriaux.

Analyses

Renégociation Gabon-ue : les retombées de l’accord de pêche sur l’économie locale

Actualité Économique

Renégociation de l’accord de pêche Gabon-UE : quels impacts concrets pour le Gabon ?

Libreville mise sur une refonte ambitieuse de son partenariat halieutique avec l’Union européenne. Alors que les négociations pour un nouvel accord de pêche durable s’ouvrent, le Gabon fait face aux retombées concrètes de l’ancien dispositif et cherche à en tirer les leçons pour façonner une coopération plus avantageuse.

Le gouvernement gabonais a franchi une étape décisive en relançant officiellement les discussions avec Bruxelles le 18 septembre 2026, près d’un an après avoir mis fin au précédent protocole. Cette suspension, effective depuis juin 2026, a révélé des lacunes majeures dans le modèle économique appliqué jusqu’ici.

Les navires européens, autrefois encadrés par un cadre juridique contraignant, n’ont désormais plus d’autorisations pour pêcher dans les eaux gabonaises. Pour Libreville, cette fenêtre de négociation représente une opportunité historique de redéfinir les règles du jeu, afin que l’exploitation des ressources marines profite davantage au pays.

Un bilan économique en demi-teinte

Le protocole précédent, basé sur un volume théorique de 32 000 tonnes par an, a montré des résultats décevants. Entre 2022 et 2024, les captures réelles des navires européens n’ont atteint en moyenne que 10 604 tonnes annuelles. Pire encore, seulement 54 % des autorisations allouées aux thoniers senneurs ont été utilisées, tandis que les six licences pour thoniers canneurs sont restées lettre morte.

Cette sous-exploitation des ressources s’est traduite par un manque à gagner flagrant. Pour un accès annuel de 1,6 million d’euros, complété par une enveloppe de développement sectoriel d’un million d’euros, le Gabon a perçu une part limitée de la valeur créée. Selon les estimations européennes, seulement 23 % de cette valeur est revenue au pays, contre 47 % pour d’autres acteurs régionaux comme la Côte d’Ivoire ou le Sénégal.

La souveraineté économique comme levier de négociation

Au-delà des chiffres, c’est la conception même du partenariat qui est remise en cause. Le Gabon souhaite désormais ancrer la discussion sur des critères bien précis : débarquements obligatoires dans les ports nationaux, développement des infrastructures de transformation locale, et création d’emplois pour les Gabonais. L’objectif ? Transformer l’accord en un véritable levier de développement économique durable.

Les données révèlent en effet que la majorité des captures étaient débarquées en Côte d’Ivoire, où la transformation et l’emploi générés bénéficiaient principalement aux économies étrangères. Le nouveau cadre devra donc intégrer des obligations strictes en matière de transbordement et de transformation locale, avec des indicateurs de performance mesurables pour évaluer l’impact réel sur l’économie gabonaise.

Des faiblesses structurelles à corriger

Plusieurs dysfonctionnements techniques ont également été identifiés. Le système de contrôle électronique des captures n’était pas pleinement opérationnel, et les manquements dans l’embarquement des marins gabonais qualifiés ont limité l’application des compensations prévues. De plus, les fonds alloués au développement du secteur (5 millions d’euros sur cinq ans) n’ont été utilisés qu’à hauteur de 20 %, avec des infrastructures restant inachevées.

Pour éviter les erreurs du passé, les négociateurs gabonais comptent insister sur la transparence des données, l’obligation de résultats concrets, et la mise en place d’un mécanisme de suivi rigoureux. La question des licences inutilisées (notamment pour les thoniers canneurs) sera également au cœur des échanges, afin d’ajuster le nombre d’autorisations en fonction des capacités réelles.

Un futur accord axé sur des résultats tangibles

Les priorités du Gabon s’articulent autour de trois axes principaux : maximiser la valeur locale des ressources, renforcer les capacités nationales, et établir un partenariat équilibré. Les discussions porteront ainsi sur des paramètres clés comme le prix d’accès à la tonne, le volume minimal de débarquements obligatoires au Gabon, et les modalités de calcul de la contribution financière européenne.

L’enjeu est de taille : il ne s’agit plus de vendre un accès aux eaux, mais de bâtir un modèle où chaque tonne de poisson pêchée génère des retombées mesurables pour le pays. Pour Libreville, cette renégociation est bien plus qu’une simple mise à jour d’un accord : c’est une occasion de réaffirmer sa souveraineté économique et de faire du secteur halieutique un pilier de sa croissance.

Alors que les deux parties se préparent à entrer dans le vif des négociations, l’issue dépendra de leur capacité à concilier les impératifs économiques gabonais avec les exigences opérationnelles de l’Union européenne. Une chose est sûre : le Gabon ne compte pas reproduire les erreurs d’un accord qui a surtout profité aux acteurs extérieurs.

Charles Mbami

Reporter Sécurité et politique