Relations franco-marocaines : Rabat et Paris scellent une alliance renforcée

Le Premier ministre français Sébastien Lecornu et son homologue marocain Aziz Akhannouch à l’issue d’une conférence de presse au ministère des Affaires étrangères à Rabat
Une confiance retrouvée entre la France et le Maroc s’est concrétisée ce jeudi à Rabat lors de la visite du Premier ministre français Sébastien Lecornu. Cette rencontre marque un tournant dans les relations bilatérales, après des années marquées par des tensions et des désaccords.
Le chef du gouvernement français a salué un bilan exceptionnellement positif des échanges franco-marocains. Cette dynamique s’est amorcée après que le président Emmanuel Macron a reconnu, à l’été 2024, la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, une décision qui a suscité des réactions contrastées, notamment à Alger.
Quelques mois plus tard, Emmanuel Macron était accueilli en grande pompe à Rabat, mettant fin à trois années de froid diplomatique alimenté par des soupçons d’espionnage et des restrictions sur les visas.
Cette visite s’était conclue par la signature de plusieurs accords et la création d’un partenariat renforcé d’exception, symbolisant une nouvelle ère de collaboration.

Le Premier ministre français Sébastien Lecornu et son homologue marocain Aziz Akhannouch lors d’une séance de travail à Rabat
Malgré cette embellie, un consortium international a révélé de nouvelles allégations concernant l’utilisation présumée du logiciel Pegasus par le Maroc pour des activités d’espionnage. Rabat a catégoriquement démenti ces accusations, les qualifiant de mensongères et infondées.
Initialement prévu comme un point presse complet, l’échange entre les deux Premiers ministres s’est finalement limité à des déclarations sans session de questions, limitant ainsi les échanges avec les journalistes présents.
un traité historique en préparation
Interrogés sur ces révélations, ni l’entourage de Sébastien Lecornu ni le ministère français des Affaires étrangères n’ont souhaité réagir. Au sein de la délégation française, ces allégations sont perçues comme des problématiques anciennes, sans impact sur la relation actuelle.
« Notre objectif est de renforcer le cadre de coopération et de confiance avec les Marocains », a indiqué un proche collaborateur du président français. Le roi du Maroc, quant à lui, a salué dans un message adressé à Emmanuel Macron à l’occasion du 14-Juillet, la consolidation des relations privilégiées entre les deux nations.
Ce partenariat pourrait aboutir à une visite officielle du monarque en France, ainsi qu’à la signature d’un traité sans précédent. Ce document serait le premier accord bilatéral conclu par la France avec un pays en dehors de l’Union européenne, selon Sébastien Lecornu. Aucune date n’a encore été arrêtée pour cette visite royale.
Le Premier ministre français était accompagné de douze ministres, dont ceux des Affaires étrangères et de l’Intérieur, soulignant l’importance stratégique de cette mission.

Le Premier ministre français Sébastien Lecornu prononçant un discours lors d’une séance plénière avec des ministres marocains
À l’issue de la 15e édition de la rencontre de haut niveau entre les deux délégations, une première depuis 2019, Sébastien Lecornu a qualifié cette rencontre de moment charnière. Il a exprimé son souhait de changer d’échelle dans la relation bilatérale, notamment sur les questions de sécurité et de lutte contre le terrorisme.
Concernant les visas, source de tensions passées, le Premier ministre français a annoncé que Paris travaillait à faciliter les mobilités circulaires entre les deux pays, en particulier pour les entrepreneurs et les étudiants.
Il a également mis en avant l’excellente coopération entre les services de sécurité des deux nations, permettant d’obtenir des résultats opérationnels sans précédent dans la lutte contre la criminalité organisée et le narcotrafic.

Le Premier ministre français Sébastien Lecornu arrivant avec sa délégation au Mausolée royal de Rabat
Sébastien Lecornu a par ailleurs souligné l’importance centrale du continent africain, où les deux pays font face à la menace jihadiste au Sahel. « Nous avons intérêt à nous y déployer ensemble, plus encore », a-t-il insisté.
Aziz Akhannouch, son homologue marocain, s’est félicité d’un partenariat désormais ancré dans une vision stratégique partagée, fondée sur une confiance retrouvée et une ambition commune.
Le Maroc s’impose désormais comme la priorité de la diplomatie française au Maghreb, Paris délaissant progressivement l’équilibre autrefois maintenu avec Alger.
Sur le front sécuritaire au Sahel, la France souhaite s’appuyer davantage sur son partenaire marocain, alors qu’Alger reste réticent à partager des renseignements, malgré la reprise du dialogue franco-algérien.
Douze accords ont été signés à l’issue de ces rencontres, couvrant divers domaines. Parmi eux, un appel à manifestation d’intérêt pour l’interconnexion électrique entre les deux pays a été lancé. Rabat a également signé des conventions de prêts avec l’Agence française de développement, notamment pour des projets dans les secteurs de l’eau et des transports, incluant la construction d’une ligne RER à Rabat.