Présence russe inquiétante dans les bases aériennes de Libye
La Russie étend son influence militaire en Afrique du Nord en renforçant sa présence dans six bases aériennes stratégiques de Libye. Ces installations servent de hubs logistiques pour le transfert d’armes, de mercenaires et de combattants vers des zones de conflit en Afrique subsaharienne.
Des bases aériennes transformées en plateformes d’influence russe
Selon les données du projet Tearline, l’empreinte militaire russe s’est concrétisée dans des sites comme Al-Joufra, Al-Khadim, Al-Qardabiyah, Brak Al-Shati, Maaten al-Sarra et Tamenhant. Ces bases abritent désormais des équipements lourds : systèmes de défense aérienne, avions de combat MiG-29 et drones. Leur positionnement géographique permet à Moscou de projeter sa puissance bien au-delà des frontières libyennes.
Les infrastructures de ces sites ont été modernisées sous supervision russe. À Al-Khadim, par exemple, trois hangars supplémentaires, un centre de loisirs et des logements temporaires ont été construits en 2025. Une caserne y a été ajoutée en 2026. Ces travaux s’inscrivent dans une stratégie de pérennisation de la présence militaire, facilitant les opérations logistiques et le déploiement rapide de troupes.
Maaten al-Sarra : un carrefour stratégique pour le Sahel
Située près des frontières du Tchad et du Soudan, la base de Maaten al-Sarra joue un rôle clé dans les opérations russes en Afrique. Initialement abandonnée en 2011, elle a été restaurée par des soldats syriens déployés par Moscou en décembre 2024. Cette position permet à la Russie d’approvisionner directement le Burkina Faso, le Mali et le Soudan en armes et en équipements.
Les analystes soulignent que cette base offre à Moscou une capacité logistique discrète pour exporter des armes vers le Soudan ou le Tchad. Les pistes d’envol et les entrepôts, remis à neuf, optimisent les flux logistiques vers ces zones de tension. La présence russe complique également les efforts d’unification politique en Libye, en soutenant des factions rivales et en freinant les initiatives de paix.
Al-Khadim : une plateforme pour les opérations régionales
À environ 100 km à l’est de Benghazi, la base d’Al-Khadim sert de plaque tournante pour les livraisons d’armes et le trafic de ressources. Elle a notamment facilité l’acheminement de matériel militaire aux Forces de soutien rapide du Soudan pendant le conflit civil. Les images géolocalisées sur les réseaux sociaux ont révélé la présence d’un officier russe de la 102ème division d’infanterie au sein de cette base.
En 2025, un représentant de Gazprom a été repéré en déplacement entre Al-Khadim et une mine en République centrafricaine, illustrant les liens entre l’énergie et la sécurité dans la stratégie russe. Ces activités renforcent l’hypothèse d’une coordination entre les intérêts économiques et militaires de Moscou en Afrique.
Une menace pour la stabilité du Sahel
Les bases d’Al-Joufra, Al-Qardabiyah, Brak Al-Shati et Tamenhant complètent ce réseau d’influence. Depuis 2019, Al-Joufra accueille des forces paramilitaires russes, tandis qu’Al-Qardabiyah, rattachée à l’aéroport international de Syrte, a vu ses infrastructures renforcées en 2024. Brak Al-Shati, quant à elle, a vu ses effectifs passer de 300 à 450 soldats entre décembre 2024 et 2025.
Ces déploiements s’accompagnent d’une expansion des capacités locales : nouveaux hangars, routes rénovées et systèmes de défense réactivés. Tamenhant, utilisée par les mercenaires du groupe Wagner avant la création de l’Africa Corps, a connu des travaux d’agrandissement récents, incluant des logements et des modifications de pistes.
Ces développements soulèvent des inquiétudes quant à l’impact de la Russie sur la sécurité au Sahel. En soutenant des acteurs locaux et en alimentant les conflits, Moscou renforce son rôle de puissance déstabilisatrice dans une région déjà fragilisée par les crises politiques et les menaces terroristes.