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Pouvoir au Mali : comment le régime de goïta a écrasé l’opposition politique

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Le Mali traverse une période charnière de son histoire politique. Depuis l’arrivée au pouvoir du général Assimi Goïta, l’équilibre traditionnel des forces s’est profondément modifié. Les figures emblématiques d’hier, qui dominaient autrefois la scène politique, semblent aujourd’hui appartenir à un autre temps, reléguées aux oubliettes de l’histoire ou emprisonnées dans des geôles lointaines. Cette métamorphose brutale interroge : assistons-nous à la fin des dinosaures politiques maliens sous l’effet d’une stratégie calculée ou à l’émergence forcée d’un nouveau paysage institutionnel ?

Une stratégie implacable : la neutralisation méthodique de la classe politique

La junte militaire au pouvoir a engagé une campagne systématique pour évincer les anciens acteurs politiques. Cette offensive, menée avec une précision chirurgicale, repose sur trois piliers principaux : l’incarcération sous couvert de procédures judiciaires, l’exil forcé vers des cieux plus cléments, et l’instauration d’un climat de terreur dissuasif. L’objectif affiché est clair : purger le système de ses anciens détenteurs, jugés corrompus et inefficaces, pour le remplacer par un modèle renouvelé. Pourtant, cette épuration soulève des interrogations majeures sur les méthodes employées et leurs conséquences à long terme.

Les trois leviers de la répression : prison, exil et silence

Pour mater toute velléité de résistance, la junte n’a pas lésiné sur les moyens. Une panoplie d’outils répressifs aux effets cumulatifs a été déployée, transformant le Mali en un terrain miné pour toute opposition.

La justice instrumentalisée : une prison pour chaque dissident

Les tribunaux malien ne fonctionnent plus comme des instances de justice, mais comme des outils de coercition politique. Des personnalités comme Choguel Maïga, ancien Premier ministre et figure de proue de l’opposition, y croupissent sous des accusations floues : détournements de fonds, complot contre la sûreté de l’État, ou encore collaboration avec des puissances étrangères. Ces chefs d’accusation, souvent dépourvus de preuves tangibles, servent surtout à discréditer et à neutraliser les opposants. Ce climat judiciaire oppressif pousse nombre d’acteurs politiques à l’abandon, par crainte de subir le même sort.

L’exil comme échappatoire : une fuite sans retour

Pour ceux qui refusent de plier sous le joug de la junte, l’exil s’impose comme une alternative inévitable. Abidjan, Dakar ou Paris sont devenus des refuges pour des dizaines de ministres, députés et militants. Ces exilés, malgré leurs témoignages éloquents sur la répression subie, peinent à maintenir leur influence depuis l’étranger. Leur voix, autrefois puissante, s’estompe dans un paysage médiatique contrôlé par Bamako, où le récit officiel domine sans partage. Sans présence physique sur le terrain, leur capacité à mobiliser les masses s’affaiblit inexorablement.

L’autocensure généralisée : la peur comme règle de vie

Ceux qui choisissent de rester au Mali évoluent dans un environnement où chaque parole peut être interprétée comme une menace. Les partis politiques sont suspendus, les rassemblements publics interdits, et les simples critiques du régime, même murmurées entre proches, exposent à des risques majeurs. Les descentes de police nocturnes, les arrestations arbitraires et les menaces voilées créent un climat de suspicion permanente. Cette atmosphère asphyxie tout débat public, réduisant les anciens acteurs politiques à une existence fantomatique, où leurs prises de position se limitent à des cercles restreints ou à des messages codés sur les réseaux sociaux.

Une population lasse face à une élite discréditée : un terreau fertile pour le pouvoir militaire

Le discrédit des anciens dirigeants n’est pas né avec la junte. Pendant des années, les Maliens ont subi les conséquences d’une classe politique perçue comme corrompue, déconnectée et inefficace. En s’appuyant sur cette lassitude généralisée, Assimi Goïta a pu imposer un discours simpliste : selon lui, seul un bouleversement radical du système pourrait sauver le pays. Pourtant, cette rhétorique, aussi séduisante soit-elle, a rapidement révélé ses limites.

Le report indéfini des élections, la dissolution de l’Assemblée nationale et la mise en place d’une transition pilotée par l’armée ont vidé de sa substance tout mécanisme de représentation démocratique. Les partis traditionnels, autrefois omniprésents, sont désormais réduits à un rôle de figurants, privés de toute influence réelle. Si cette situation satisfait ceux qui espéraient leur disparition, elle pose une question cruciale : qui, demain, portera la voix des citoyens dans un débat public de plus en plus étouffé ?

Le vide politique : un risque plus redoutable que les anciens dirigeants

En éliminant physiquement et symboliquement l’ancienne classe politique, la junte a atteint son objectif à court terme : l’absence de contestation ouverte. Cependant, cette victoire éphémère pourrait bien se transformer en un piège à long terme. Car un pays sans opposition structurée est un pays privé de contre-pouvoir essentiel, capable de canaliser les frustrations et de proposer des alternatives.

Cette absence de dialogue institutionnel a des répercussions directes sur la capacité du Mali à relever ses défis. Sans espace pour le débat contradictoire, les décisions stratégiques sont prises dans une solitude dangereuse, loin des réalités sociales et économiques du pays. Assimi Goïta et son entourage se retrouvent ainsi isolés, confrontés en permanence aux crises sécuritaires et aux tensions économiques sans avoir à justifier leurs choix. Pourtant, l’histoire rappelle que les régimes qui étouffent toute voix dissidente finissent toujours par en payer le prix fort.

Le Mali paie déjà le coût de cette absence de dialogue : une économie en difficulté, une jeunesse en quête de repères, et une société civile marginalisée. En effaçant les anciens ténors, la junte a peut-être cru résoudre le problème ; elle a en réalité creusé un fossé qui risque de devenir un gouffre infranchissable.

Une refonte politique sans lendemain ? les limites d’une victoire à la pyrrhus

En l’espace de quelques années, la junte militaire a accompli ce que des décennies de démocratie n’avaient pu réaliser : l’éviction presque totale de l’élite politique traditionnelle. Mais cette performance s’apparente à une victoire à la Pyrrhus. En balayant les structures héritées de 1991, le régime a également détruit les garde-fous institutionnels qui maintenaient, malgré tout, une certaine stabilité – même fragile.

Face à ce constat, une question s’impose : cette refonte était-elle nécessaire, ou n’a-t-elle servi qu’à concentrer davantage le pouvoir entre les mains d’une poignée de militaires ? Une chose est sûre : tant que les Maliens ne pourront pas choisir librement leurs représentants et débattre sans crainte des orientations de leur pays, le risque d’une instabilité chronique ne fera que grandir. La junte a peut-être gagné une bataille, mais la guerre pour la légitimité ne fait que commencer.

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Alice Ntamag

Journaliste