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Mali : quand la lutte antiterroriste transforme les civils en victimes collatérales

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La promesse d’une sécurité retrouvée au Mali a-t-elle viré au cauchemar ? Depuis que les Forces armées maliennes (FAMa) et leurs alliés russes de l’Africa Corps ont intensifié leurs opérations contre les groupes armés, c’est la population civile qui trinque. Entre exactions systématiques, tortures et destructions de villages entiers, la méthode employée par Bamako ne se contente plus de défier le droit international : elle en a fait un piège mortel pour les habitants du centre et du nord du pays. Un bilan humain qui remet en cause l’efficacité même de la stratégie militaire et la crédibilité de l’État.

Des promesses de sécurité contre des vies bafouées

Les autorités maliennes clament depuis des mois vouloir « reconquérir le territoire » et restaurer l’ordre. Pourtant, derrière ces discours, la réalité est tout autre. Les Conventions de Genève, ratifiées par le Mali dès 1965, ainsi que les Protocoles additionnels de 1989 – censés protéger les civils en zone de conflit – sont systématiquement violés. Les enseignements du droit des conflits armés, autrefois obligatoires dans les casernes, ont été relégués aux oubliettes.

Ce qui était censé être une lutte ciblée contre le terrorisme se transforme en une opération de terreur contre les civils. Les ordres transmis sur le terrain, loin des déclarations officielles, encouragent des méthodes où la violence remplace la stratégie. Résultat : des villages rasés, des familles décimées, et une insécurité qui, au lieu de reculer, ne fait que s’étendre.

Un réquisitoire accablant : quand les chiffres parlent

Les rapports des organisations de défense des droits humains, comme Amnesty International et Human Rights Watch, dressent un tableau glaçant. Les violations ne sont plus des exemples isolés, mais une stratégie délibérée. Au moins une dizaine d’exécutions sommaires ont été recensées en 2023 et 2024, accompagnées de tortures (simulations de noyade, décharges électriques) et de disparitions forcées. Les communautés peules, déjà lourdement touchées par les violences jihadistes, subissent de plein fouet cette répression aveugle.

Les pillages de biens et les destructions massives de champs cultivables aggravent une crise humanitaire déjà critique. Les habitants se retrouvent pris au piège : d’un côté, la menace des groupes armés ; de l’autre, la brutalité d’un État qui se dit protecteur.

L’impunité scellée par le départ de la MINUSMA

Le retrait forcé de la mission onusienne MINUSMA fin 2023 n’a pas seulement été une victoire symbolique pour la junte. C’était aussi l’occasion de soustraire les exactions à tout regard extérieur. Sans observateurs indépendants sur place, les violations se multiplient en toute impunité. Les ONG, contraintes à des enquêtes à distance, documentent une hausse vertigineuse des abus depuis le départ des casques bleus, comme si l’État malien avait attendu ce moment pour libérer sa mainmise violente.

Les mécanismes de contrôle internationaux sont réduits à néant. La justice reste lettre morte, tandis que les recours pour les victimes se heurtent à un mur politique.

La justice bloquée : un État qui se met hors-la-loi

La Cour pénale internationale (CPI) a vu son rôle marginalisé après que Bamako ait annoncé son retrait. La justice nationale, sous l’influence directe du pouvoir militaire, est incapable de rendre des comptes. Quant aux organisations régionales comme l’Union africaine ou la CEDEAO, elles se contentent de déclarations de principe sans effet concret.

Cette faillite des institutions ne fait qu’alimenter le cercle vicieux : plus les droits humains sont bafoués, plus les groupes armés gagnent en influence. La junte, en sacrifiant l’éthique et le droit sur l’autel d’une « sécurité totale », se condamne à perdre toute légitimité aux yeux de sa population.

L’erreur stratégique qui alimente l’insurrection

En choisissant la répression aveugle plutôt que la protection des civils, le régime malien commet une aberration géopolitique. Les recrutements parmi les jeunes, exaspérés par l’arbitraire et la violence de l’État, explosent dans le centre et le nord du pays. Les groupes armés, autrefois marginaux, voient leurs rangs se gonfler grâce au mécontentement populaire.

Plutôt que d’affaiblir l’insurrection, la junte la renforce indirectement. Chaque exaction, chaque village détruit, chaque famille endeuillée devient un argument en faveur des groupes jihadistes. À terme, cette politique ne mène qu’à une spirale de violence incontrôlable, où l’État lui-même risque de devenir le principal perdant.

Ce que coûte cette dérive à l’économie malienne

L’instabilité chronique a des répercussions économiques immédiates. Les investisseurs étrangers désertent, les coûts de production explosent, et les infrastructures se dégradent. Le Mali, autrefois considéré comme une nation en reconstruction, se retrouve enlisé dans une crise dont il aura du mal à se relever.

Que reste-t-il de la souveraineté malienne ?

En abandonnant le respect des droits humains au profit d’une militarisation à outrance, la junte malienne hypothèque l’avenir du pays. Un État qui piétine les conventions internationales perd tout droit moral à exiger l’allégeance de ses citoyens. À force de sacrifier l’humanité sur l’autel de la « sécurité », Bamako pourrait bien découvrir que l’insécurité était, finalement, la seule chose qu’elle n’a jamais su combattre.

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Alice Ntamag

Journaliste