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Ouverture prochaine de la frontière Bénin-Niger : les discussions aboutissent

Un dégel historique : le Bénin et le Niger s’acheminent vers la réouverture de leur frontière

Discussions entre représentants du Bénin et du Niger pour la réouverture de leur frontière fermée depuis 2023

Après plus de trois ans de tensions ayant conduit à la fermeture complète de leur frontière, le Bénin et le Niger viennent de franchir une étape décisive vers une normalisation de leurs relations. Les échanges menés ce week-end à Cotonou ont permis de poser les bases d’une future réouverture et de relancer la coopération bilatérale.

Une délégation nigérienne de haut niveau, menée par le ministre de l’Intérieur Mohamed Toumba, s’est rendue pour deux jours de discussions à Cotonou. Ces rencontres ont abouti à des accords de principe sur plusieurs points clés, dont la sécurité transfrontalière, l’exonération de taxes sur le transit, et la levée progressive des restrictions commerciales.

Un tournant diplomatique

Le général Toumba a salué une avancée majeure : « Nous avons sécurisé les priorités sécuritaires et posé les jalons d’une normalisation économique et juridique. Le dialogue a permis de créer de la valeur pour nos économies et de redonner espoir à nos populations. » De son côté, le ministre béninois de l’Industrie et du Commerce, Oleshegun Adjadi Bakari, a souligné la restauration d’un climat de confiance : « Après 48 heures d’échanges, nous formons désormais une seule délégation avec un objectif commun : rétablir les liens séculaires entre nos peuples. »

Les avancées concrètes issues des négociations

File de camions bloqués à la frontière Bénin-Niger en 2023, symbole des tensions passées

Les deux parties ont acté plusieurs mesures destinées à apaiser les tensions et relancer l’activité économique. Parmi les décisions prises :

  • L’exonération des taxes sur le transit des marchandises entre les deux pays ;
  • L’interdiction de la mise en consommation de certains produits pour éviter les conflits commerciaux ;
  • La révision des charges et taxes douanières pour faciliter les échanges ;
  • La mise en place d’un mécanisme de résolution des litiges en suspens ;
  • Le renforcement de la sécurité aux frontières pour lutter contre les groupes armés et le banditisme.

Ces mesures doivent encore être validées par les autorités des deux pays avant leur application définitive.

Romuald Wadagni, l’artisan du rapprochement

Romuald Wadagni, président du Bénin, acteur clé du dégel des relations avec le Niger

Le président béninois Romuald Wadagni joue un rôle central dans ce rapprochement. Dès sa prise de fonction en avril, il a effectué une visite officielle au Niger dès le 2 juin, marquant le début d’une détente diplomatique. Trois semaines plus tard, les deux gouvernements ont concrétisé leurs engagements : création d’une commission mixte pour analyser les causes de la fermeture de 2023 et levée des obstacles à la coopération.

Dans leur communiqué commun, les deux chefs d’État avaient annoncé la mise en place de cette commission chargée d’examiner les événements ayant conduit à la fermeture de la frontière. Ils s’étaient également engagés à lever tous les freins au renforcement de leurs échanges.

« Tous les transporteurs du Bénin et du Niger espèrent le jour où la frontière rouvrira », a déclaré un représentant des conducteurs de gros porteurs, soulignant l’impatience des professionnels du secteur.

Les racines d’une crise de trois ans

La junte nigérienne a accusé l’ancien président béninois d’avoir soutenu des tentatives de déstabilisation

La dégradation des relations entre le Bénin et le Niger trouve son origine dans le coup d’État au Niger en juillet 2023. Le nouveau régime dirigé par le général Abdourahmane Tiani a accusé l’ancien président béninois Patrice Talon et d’autres dirigeants ouest-africains de préparer une intervention militaire pour rétablir l’ordre constitutionnel.

Niamey a également pointé du doigt Cotonou, l’accusant d’abriter des troupes françaises et de participer à un complot international contre le Niger. Ces allégations ont été démenties par les deux parties. La junte nigérienne a aussi critiqué le Bénin pour son soutien aux sanctions imposées par la CEDEAO après le renversement du président Bazoum.

Les tensions se sont encore aggravées avec des accusations de soutien aux groupes armés et aux putschistes, notamment après une tentative de coup d’État contre Patrice Talon en décembre 2023.

L’onde de choc économique d’une frontière fermée

Le port de Cotonou, vitale pour l’économie nigérienne, a subi de plein fouet la crise

La fermeture prolongée de la frontière a eu des répercussions dramatiques sur les économies des deux pays. Le corridor Niger-Bénin, l’un des plus dynamiques d’Afrique de l’Ouest, est devenu un symbole de fracture géopolitique.

Pour Ibrahim Abou Koura, transporteur nigérien basé à Cotonou, « ce sont les populations qui paient le prix fort. Mon entrepôt, autrefois très actif pour les marchandises à destination du Niger, est aujourd’hui presque vide. »

Le Niger, pays enclavé, dépend à 90 % du port de Cotonou pour son commerce extérieur. La fermeture a paralysé les importations et exportations, perturbé l’approvisionnement en denrées essentielles et provoqué des pertes financières colossales pour les entreprises des deux côtés.

Les transporteurs nigériens, contraints d’emprunter des routes alternatives via le Burkina Faso, subissent des coûts supplémentaires et des risques accrus liés à l’insécurité dans la région. Gamatie Mahamadou, secrétaire général des chauffeurs routiers nigériens, rappelle que « ce corridor était le plus sûr, le plus court et le plus rentable pour les entreprises. Aujourd’hui, les communautés frontalières ne peuvent plus commercer librement, surtout pour les céréales et les produits de première nécessité. »

Le port de Cotonou, déjà fragilisé par la crise, a vu son activité chuter lorsque le Niger a redirigé une partie de son trafic vers le port de Lomé au Togo. Cette réorientation, bien que nécessaire pour les opérateurs nigériens, s’accompagne de surcoûts logistiques et de délais supplémentaires.

Les deux pays ont donc tout intérêt à finaliser rapidement la réouverture de leur frontière, un geste qui permettrait de relancer un commerce régional essentiel à la stabilité et à la prospérité de l’Afrique de l’Ouest.