Le Faso Libre

Actualités du Burkina Faso : politique, sécurité, économie et société, sans compromis éditoriaux.

Le Faso Libre

Actualités du Burkina Faso : politique, sécurité, économie et société, sans compromis éditoriaux.

Actualités

Référendum en rdc : pourquoi la cenco s’y oppose malgré la crise

Mgr Fulgence Muteba, président de la Conférence épiscopale nationale (Cenco) en RDC.

Un référendum en pleine guerre : la position tranchée de la Cenco en RDC

Dans un contexte national marqué par des tensions persistantes et un climat sécuritaire délétère, la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) a exprimé une opposition claire et sans équivoque au projet de référendum constitutionnel. Pour Monseigneur Fulgence Muteba, président de cette institution, cette initiative arrive à un moment où le pays ne peut se permettre aucune distraction. Le référendum n’est pas bienvenu parce que le Congo est en guerre, a-t-il martelé avec gravité.

Ce refus catégorique de la Cenco s’inscrit dans une dynamique plus large de vigilance face aux décisions politiques prises dans l’urgence. À ses yeux, organiser un scrutin d’une telle envergure alors que les conflits armés font rage dans plusieurs provinces relève de l’irresponsabilité. « Une telle démarche risquerait d’aggraver les divisions et de fragiliser davantage l’unité nationale », a-t-il souligné.

Les enjeux politiques derrière le projet de référendum

Le gouvernement congolais, sous l’impulsion du président Félix Tshisekedi, défend ce projet comme une étape nécessaire pour moderniser les institutions et renforcer la démocratie. Les partisans de cette réforme constitutionnelle y voient un moyen de consolider la gouvernance et de clarifier le partage des pouvoirs. Pourtant, la Cenco, garante morale de la société civile, rappelle que la légitimité d’une telle démarche passe avant tout par un environnement pacifié.

Parmi les craintes exprimées par l’épiscopat congolais, figure celle d’une instrumentalisation du référendum à des fins politiques. La Cenco craint que le scrutin ne serve de levier pour des ambitions personnelles plutôt que pour l’intérêt général. Cette méfiance est d’autant plus vive que le pays traverse une période de forte polarisation, alimentée par des rivalités entre factions politiques et des mouvements armés actifs dans l’est du Congo.

Une société civile en alerte face aux risques de déstabilisation

La position de la Cenco reflète une préoccupation partagée par de nombreux acteurs de la société civile congolaise. Les organisations religieuses, les associations de défense des droits humains et les représentants des communautés locales s’interrogent sur la pertinence d’un référendum dans un pays où la paix reste fragile. Pour eux, la priorité absolue doit être donnée à la résolution des conflits et au rétablissement de la sécurité.

Les tensions entre le pouvoir central et certaines milices, comme l’AFC/M23, ainsi que les tensions persistantes liées à l’héritage politique de l’ancien président Joseph Kabila, ajoutent une couche de complexité à cette situation. Dans ce contexte, la Cenco appelle à une pause stratégique, invitant les autorités à privilégier le dialogue et la réconciliation plutôt que des réformes constitutionnelles précipitées.

Les alternatives proposées par la Cenco

Face à ce dilemme, Monseigneur Muteba propose une feuille de route alternative. Plutôt qu’un référendum, la Cenco suggère de renforcer les mécanismes existants de consultation populaire, notamment à travers des débats publics et des assemblées citoyennes. Cette approche, selon elle, permettrait d’associer davantage les Congolais aux décisions qui les concernent, sans risquer d’exacerber les tensions.

Une autre piste évoquée consiste à organiser le référendum uniquement après le rétablissement d’un climat de paix durable. Cette condition sine qua non garantirait que le scrutin reflète la volonté réelle de la population plutôt qu’une simple réponse à une urgence politique. Pour la Cenco, l’histoire récente du Congo a montré que les réformes imposées dans l’urgence mènent souvent à des crises plus profondes.

Un appel à l’unité et à la responsabilité

En conclusion, Monseigneur Fulgence Muteba a lancé un appel solennel aux dirigeants politiques et à la population congolaise. Il les exhorte à placer l’intérêt supérieur du pays au-dessus des considérations partisanes. Pour la Cenco, il est crucial de ne pas reproduire les erreurs du passé, où des réformes constitutionnelles avaient été perçues comme des outils au service de quelques-uns plutôt que comme des leviers d’émancipation collective.

Alors que le débat fait rage, une chose est sûre : la position de la Cenco a le mérite de rappeler une évidence trop souvent oubliée dans les périodes de crise. Une réforme constitutionnelle ne peut être légitime que si elle s’inscrit dans un cadre apaisé, où chaque Congolais peut s’exprimer en toute sécurité. Le temps des décisions hâtives est révolu ; l’heure est à la sagesse et à la prudence.