Ousmane sonko lance une enquête sur les milliards disparus du programme ‘un étudiant, un ordinateur’
ousmane sonko lance une enquête sur les milliards disparus du programme ‘un étudiant, un ordinateur’

Le président de l’Assemblée Nationale plonge dans une affaire qui ébranle le secteur de l’éducation. Une commission d’enquête parlementaire est créée pour examiner les irrégularités liées au programme phare ‘Un Étudiant, Un Ordinateur’.
Une commission d’enquête pour éclaircir les irrégularités d’un programme coûteux
Face à des soupçons de malversations et de détournements présumés, le Groupe Pastef-Les Patriotes, mené par Ousmane Sonko, a décidé de mettre en place une commission d’enquête parlementaire. Son objectif ? Faire la lumière sur les irrégularités dans la gestion des marchés du programme ‘Un Étudiant, Un Ordinateur’, lancé en 2017 par le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (Mesri). Ce programme, qui représente un engagement financier annuel d’environ six milliards de francs Cfa, soit un total de quarante-huit milliards depuis sa création, est au cœur de controverses.
Selon les parlementaires de Pastef, plusieurs manquements graves ont été identifiés. Parmi eux, l’absence d’appels d’offres pour des montants dépassant largement les cinquante millions de francs Cfa, en violation directe de l’article 53 du Code des marchés publics. D’autres irrégularités incluent l’absence de contrôle a priori par la Direction centrale des marchés publics (Dcmp), l’absence d’inscription du programme au plan de passation des marchés du Mesri, et l’absence d’approbation des contrats par le ministre des Finances pour des marchés dépassant trois cents millions de francs Cfa.
Ces manquements, qui se répètent depuis 2017, auraient entraîné des conséquences financières lourdes pour l’État. Les députés évoquent notamment une condamnation de l’État à payer une seconde fois près d’un milliard deux cent cinquante millions de francs Cfa, ainsi que des allégations de détournements s’élevant à plus d’un milliard de francs Cfa. Une répétition qui interpelle et justifie, selon eux, une enquête approfondie.
Un fonds de garantie de deux milliards de francs Cfa sous haute surveillance
Les investigations menées par le Groupe Pastef révèlent des zones d’ombre supplémentaires. Parmi elles, l’existence d’un fonds de garantie de près de deux milliards de francs Cfa, versé auprès d’Ecobank. Or, les députés soulignent l’absence totale de transparence concernant l’origine, la gestion, le gestionnaire et l’utilisation de ces fonds. Cette opacité alimente les suspicions de détournement ou de mauvaise gestion.
Autre point préoccupant : l’utilisation de treize comptes et sous-comptes bancaires liés au programme, alors que seul un procès-verbal de passation de service en mentionnait trois. Pire encore, un solde non documenté de huit cent soixante-quatre millions huit cent cinquante-sept mille huit cents francs Cfa a été dispersé sur ces comptes. À cela s’ajoute l’existence d’un stock d’environ huit cents ordinateurs, acquis sur fonds publics mais jamais distribués aux étudiants, et présentant des dysfonctionnements. Une situation qui interroge sur l’efficacité et la légitimité de la gestion de ce programme.
Les ministres et responsables visés par l’enquête
Le Groupe Pastef ne se contente pas de pointer les irrégularités. Il va plus loin en ciblant les responsables ayant occupé des fonctions clés depuis 2017. Parmi eux, les ministres des Finances et de l’Enseignement supérieur, les directeurs et chefs de service du Mesri, ainsi que les hauts responsables de la Direction générale de l’Enseignement supérieur, de la Direction du financement des établissements d’enseignement supérieur (Dfees), ou encore de l’Autorité de régulation de la commande publique (Arcop). Tous les acteurs impliqués dans la passation et l’exécution des marchés du programme sont dans le collimateur.
Les révélations continuent de s’accumuler. Lors de l’édition 2023 du programme, un virement d’un milliard quatre cent quarante-six millions deux cent soixante-quinze mille francs Cfa a été effectué pour le paiement de sept mille cinquante-cinq ordinateurs à l’Université numérique Cheikh Hamidou Kane. Pourtant, aucune convention ni aucun contrat n’a pu être retrouvé pour justifier cette transaction. Pire, l’État aurait été condamné à payer une seconde fois pour ces mêmes équipements, livrés par une société intermédiaire non contractante avec l’État. Une situation qui laisse présager des manquements graves dans la gestion administrative et financière du programme.
Face à l’ampleur des irrégularités présumées et à leurs répercussions économiques et sociales potentielles, le Groupe Pastef estime indispensable de mener une enquête parlementaire rigoureuse. L’objectif est clair : rétablir la vérité et sanctionner les responsables en cas de manquements avérés.