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Niger : la tsunco prend le relais d’orano à arlit pour une souveraineté minière renforcée

Le Niger franchit une étape décisive dans sa quête d’autonomie minière avec la création de la Timersoï Uranium Mining Company (TSUMCO), une société nationale chargée de reprendre l’exploitation des gisements d’uranium d’Arlit, situés au cœur du Sahel. Cette initiative s’accompagne de la fin de la concession accordée au groupe français Orano, marquant un tournant dans la gestion des ressources stratégiques du pays. Une décision qui s’inscrit dans une logique de réappropriation économique portée par les autorités de transition basées à Niamey.

TSUMCO, pilier d’une nouvelle stratégie uranifère nigérienne

La mise en place de TSUMCO reflète la volonté du gouvernement nigérien de contrôler intégralement la chaîne de valeur de l’uranium, minerai considéré comme un levier économique et géopolitique majeur. Le site d’Arlit, exploité depuis près de cinq décennies, a longtemps joué un rôle clé dans l’approvisionnement français en uranium pour le nucléaire civil. Désormais, son exploitation par une entreprise publique nigérienne redéfinit les équilibres capitalistiques : l’État nigérien passe du statut d’actionnaire minoritaire à celui d’opérateur principal.

Cette transition soulève des défis techniques et organisationnels majeurs. L’extraction de l’uranium exige des compétences spécialisées, des normes strictes en matière de radioprotection et des partenariats commerciaux stables. TSUMCO devra rapidement trancher sur des questions cruciales : reconduction ou non des effectifs locaux, modernisation des infrastructures, et choix de collaborateurs pour les phases de traitement et d’exportation du minerai.

Fin d’un partenariat historique avec Orano

Pour le groupe Orano, la perte du contrôle d’Arlit clôt un partenariat de plus de 50 ans au Niger. L’entreprise, issue de la fusion entre Cogema et Areva, gérait les activités minières via deux filiales majeures : la Société des mines de l’Aïr (Somaïr) et la Compagnie minière d’Akouta (Cominak), cette dernière ayant déjà cessé ses opérations en 2021. Depuis le renversement institutionnel de juillet 2023 et le refroidissement des relations entre Niamey et Paris, les actifs français au Niger sont sous pression.

Le retrait du permis d’exploitation du gisement d’Imouraren, annoncé en début d’année, avait déjà envoyé un signal fort. La fin de la concession d’Arlit confirme ainsi la volonté du Niger de s’affranchir définitivement de la coopération minière traditionnelle avec son ancien partenaire historique. Des contentieux pourraient émerger, notamment sur le plan juridique international, Orano ayant déjà engagé des recours pour d’autres différends miniers au Niger.

Souveraineté minière : un virage stratégique pour le Niger et ses voisins

La création de TSUMCO s’inscrit dans une dynamique régionale plus large. Au Mali comme au Burkina Faso, les gouvernements issus des transitions actuelles révisent leurs codes miniers, renégocient les conventions et augmentent leur participation dans les projets extractifs. Ce mouvement, porté par l’Alliance des États du Sahel (AES), prône une approche souverainiste de l’exploitation des ressources naturelles.

Pour le Niger, l’enjeu est double : diversifier ses débouchés commerciaux et sécuriser ses revenus. La Russie, la Chine, la Turquie et plusieurs pays du Golfe sont évoqués comme des partenaires potentiels pour l’exportation de l’uranium nigérien. Ce dernier représentait jusqu’ici environ 20 % des approvisionnements de l’Union européenne en uranium. Les accords à long terme passés avec EDF et d’autres acteurs européens devront être réévalués à l’aune de cette nouvelle donne.

Sur le plan économique, l’uranium nigérien a souvent été pointé du doigt pour sa faible contribution aux finances publiques. Une gestion nationale directe pourrait permettre d’optimiser les marges, à condition que TSUMCO réussisse à stabiliser ses débouchés et à optimiser ses coûts. À court terme, les priorités sont claires : assurer la continuité de l’exploitation, préserver les emplois locaux et garantir la sécurité radiologique du site.

Cette initiative illustre une transformation profonde de l’échiquier géoéconomique en Afrique de l’Ouest. Au-delà du symbole politique, la création de TSUMCO engage le Niger dans une voie exigeante, où la souveraineté affichée devra se concrétiser par des performances industrielles et commerciales tangibles.