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Niger : dégradation alarmante des droits humains après un an de régime militaire

Un an après le coup d’État : une année sombre pour les droits humains au Niger

Depuis le coup d’État du 26 juillet 2023, qui a conduit à la destitution du président élu Mohamed Bazoum, les autorités militaires nigériennes ont intensifié leur répression contre l’opposition, les médias indépendants et les défenseurs des droits humains. Trois organisations internationales, Amnesty International, Human Rights Watch et la FIDH, dénoncent une dégradation sans précédent des libertés fondamentales dans le pays.

Les nouvelles autorités ont arrêté arbitrairement l’ancien président Mohamed Bazoum ainsi que plus de trente responsables de l’ancien gouvernement et proches collaborateurs. Ces détentions, souvent sans base juridique solide, s’accompagnent d’une absence totale de transparence concernant les dépenses militaires, malgré les promesses de lutte contre la corruption.

Les organisations signataires appellent à la libération immédiate de toutes les personnes détenues pour des motifs politiques et exigent le respect des droits fondamentaux, notamment la liberté d’expression, d’opinion et d’association. « Un an après le putsch, les autorités militaires ont choisi d’aggraver la pression sur l’opposition, la société civile et les médias plutôt que de restaurer l’État de droit », déclare Samira Daoud, directrice régionale d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et centrale.

Une justice instrumentalisée : l’ex-président Bazoum en première ligne

Depuis son arrestation, Mohamed Bazoum et sa famille sont détenus au palais présidentiel de Niamey. En août 2023, les autorités ont annoncé son inculpation pour « haute trahison », une accusation qui n’a toujours pas été validée par un tribunal.

En septembre 2023, il a porté plainte devant la Cour de justice de la CEDEAO pour violations de ses droits humains. En décembre 2024, cette dernière a ordonné sa libération immédiate, une décision ignorée par les autorités nigériennes. En juin 2024, l’immunité présidentielle de Bazoum a été levée dans des conditions jugées non conformes aux normes internationales, ouvrant la voie à un procès politique.

Parallèlement, plus de trente responsables du gouvernement déchu, dont d’anciens ministres, sont détenus sans procès équitable. Quatre d’entre eux ont été libérés sous caution, mais les autres restent accusés d’atteinte à la sûreté de l’État, bien qu’ils soient de simples civils.

Liberté de la presse : une cible privilégiée du régime

Depuis le coup d’État, les médias au Niger subissent une répression systématique. Des journalistes sont arrêtés, harcelés, et contraints à l’autocensure par crainte de représailles. Plusieurs cas illustrent cette crise :

  • Samira Sabou, blogueuse et journaliste, a été arrêtée fin septembre 2023 avant d’être inculpée pour « diffusion de données troublant l’ordre public ». Libérée sous caution, son procès n’a toujours pas eu lieu.
  • Ousmane Toudou, ancien conseiller en communication de Bazoum, a été arrêté en avril 2024 pour « complot contre la sûreté de l’État » après avoir critiqué la junte sur les réseaux sociaux.
  • Soumana Maiga, directeur de L’Enquêteur, a été détenu en avril 2024 pour avoir relayé un article sur l’installation présumée de systèmes d’écoute russes au Niger. Libéré sous conditions en juillet, son procès est en attente.
  • Tchima Illa Issoufou, correspondante de la BBC en haoussa, a fui le Niger après avoir reçu des menaces de la part de partisans de la junte, qui l’accusaient de « déstabiliser le pays ».

En janvier 2024, les autorités ont suspendu les activités de la Maison de la Presse, une organisation indépendante, au profit d’un comité contrôlé par le ministère de l’Intérieur.

Société civile et défenseurs des droits humains sous pression

Les organisations de défense des droits humains subissent également des restrictions croissantes. En mai 2024, le ministre de la Justice a suspendu toutes les visites des ONG dans les prisons nigériennes, une mesure en violation du droit national et international.

Ali Tera, militant interviewé par Tchima Illa Issoufou, a été arrêté par les forces de sécurité en avril 2024. Ces arrestations ciblent systématiquement les voix critiques, qu’elles soient médiatiques ou militantes.

Un retour en arrière sur les libertés numériques

En juin 2024, les autorités ont modifié la loi sur la cybercriminalité de 2019, rétablissant les peines de prison pour diffamation en ligne. Une régression majeure, alors que des amendements en 2022 avaient remplacé ces sanctions par des amendes, sous la pression de la société civile.

« Ces nouvelles mesures menacent la liberté d’expression et risquent de museler toute voix dissidente », alerte Drissa Traoré, secrétaire général de la FIDH. Les autorités nigériennes sont appelées à revenir sur ces décisions pour garantir le respect des droits fondamentaux.

Transparence militaire : une promesse non tenue

En février 2024, le général Abdourahamane Tiani a signé un décret exemptant les dépenses militaires de tout contrôle, y compris des marchés publics et de la comptabilité publique. Une décision en contradiction avec ses engagements initiaux de lutte contre la corruption.

« La transparence sur les budgets militaires est essentielle pour prévenir la corruption, garantir l’État de droit et respecter les droits humains », souligne Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel à Human Rights Watch. Les autorités doivent publier des informations financières vérifiables pour restaurer la confiance.

Conclusion : le Niger à un carrefour

Un an après le coup d’État, le Niger fait face à une crise multidimensionnelle : répression politique, restriction des libertés, et opacité des dépenses publiques. Les organisations internationales exhortent les autorités à libérer les détenus politiques, respecter les droits fondamentaux et rétablir la transparence.

La situation au Niger rappelle l’urgence de protéger les droits humains et l’État de droit dans un contexte de transition politique fragile. Les prochains mois seront déterminants pour l’avenir du pays et de sa population.