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Burkina Faso : une attaque djihadiste meurtrière à barsalogho accentue la crise sécuritaire

Un bilan terrifiant fait état d’au moins cent personnes tuées et 140 blessées à Barsalogho, dans la région Centre-Nord du Burkina Faso. Cette attaque, perpétrée par des hommes armés circulant à moto, visait des civils qui creusaient des tranchées défensives autour de leur ville, une mesure imposée par le capitaine Ibrahim Traoré, leader de la junte militaire au pouvoir depuis 2022. Le Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans (JNIM), entité liée à Al-Qaïda, a rapidement revendiqué la responsabilité de ce massacre dévastateur, l’un des plus graves qu’ait connu le pays ces dernières années.

Un camp de déplacés internes à Barsalogho, situé dans la région Centre-Nord du Burkina Faso, théâtre de ce terrible massacre islamiste. (Image de 2020)

Le nombre exact de victimes demeure incertain, mais des sources variées citent entre 100 et 200 décès. Par ailleurs, 140 personnes ont été blessées et transférées vers l’hôpital de Kaya, distant d’environ 45 kilomètres, ainsi que vers d’autres établissements de santé régionaux. Parmi les défunts figurent de nombreux membres des Volontaires de Défense de la Patrie (VDP), une milice civile mise en place par le gouvernement burkinabè pour appuyer les forces armées dans la lutte contre le terrorisme. Les assaillants ont également réussi à s’emparer d’armes et d’une ambulance militaire, aggravant la situation sécuritaire.

La région Centre-Nord est un théâtre récurrent d’embuscades, d’attaques et d’explosions orchestrées par la branche locale du JNIM, le groupe djihadiste le plus actif dans le Sahel central. Ironiquement, c’est aussi une zone d’accueil pour des dizaines de milliers de personnes déplacées, fuyant la violence accrue dans le nord du pays. Barsalogho, situé à 145 kilomètres de la capitale, Ouagadougou, incarne la fragilité de cette région face à l’insurrection.

Depuis sa prise de pouvoir par un coup d’État en septembre 2022, le capitaine Traoré a fait de la lutte anti-djihadiste sa priorité absolue, avec pour ambition de restaurer le contrôle de l’État sur l’ensemble du territoire national. Il a affirmé récemment consacrer 80% de son temps à la guerre. Malgré l’arrivée d’une centaine d’instructeurs et de mercenaires russes, leur rôle semble principalement axé sur la protection rapprochée de Traoré. Ce dernier privilégie une stratégie de reconquête basée sur l’acquisition de matériel militaire, notamment des drones de combat de fabrication turque, et une forte implication de la population civile via le recrutement de volontaires. Des dizaines de civils, critiques envers la junte, ont d’ailleurs été envoyés au front en guise de punition.

Les VDP : entre engagement et vulnérabilité face aux attaques terroristes

Les Volontaires de Défense de la Patrie (VDP), dont environ 30 000 sont déployés en première ligne, reçoivent une formation militaire basique. Cependant, un nombre significatif d’entre eux manquent cruellement d’armes et de munitions pour faire face efficacement aux terroristes. Cette carence les expose particulièrement, faisant d’eux des cibles privilégiées pour les groupes radicaux, comme en témoigne l’attaque de Barsalogho. Le Projet de Données sur les Événements et les Localisations des Conflits Armés (ACLED) estime que près de 5 000 volontaires ont perdu la vie depuis la création des VDP en 2019. Malgré un engagement patriotique indéniable, un mécontentement croissant se fait sentir dans leurs rangs, selon une source burkinabè proche des VDP, malgré une prime mensuelle d’environ 120 euros.

Le Burkina Faso est plongé dans une insurrection djihadiste depuis 2015, touchant particulièrement les régions du nord, de l’est et de l’ouest. Ce conflit a engendré des milliers de morts et provoqué le déplacement de plus de deux millions de personnes. On estime que plus de la moitié du territoire burkinabè échappe désormais au contrôle de l’État, avec une présence des forces de défense limitée aux axes routiers principaux et aux grandes agglomérations. Les attaques terroristes ciblant militaires et civils, y compris les volontaires et leurs familles, sont incessantes. Toutefois, des allégations de violences perpétrées par l’armée et les VDP eux-mêmes ont également émergé. En avril dernier, Human Rights Watch a dénoncé le massacre de 223 civils, dont 56 enfants, dans deux villages du nord, des accusations que le gouvernement burkinabè a fermement niées.