Mali : 40 000 déplacés par la recrudescence des violences au Nord et au Centre
Mali : plus de 40 000 déplacés en trois mois à cause des combats dans le Nord et le Centre
Depuis la fin du mois d’avril, une explosion des violences frappe le Mali, forçant des milliers de familles à abandonner leurs foyers. Les régions de Gao et Ménaka accueillent désormais un nombre croissant de déplacés, fuyant les bombardements et les affrontements répétés.
Un exode massif vers Gao et Ménaka
D’après les estimations des acteurs humanitaires et sécuritaires, près de 40 000 personnes ont été contraintes de quitter leur domicile depuis la reprise des hostilités. Parmi elles, 15 000 ont trouvé refuge dans les villes de Gao et Ménaka, où les autorités locales peinent à absorber cet afflux. Un élu de Gao évoque d’ailleurs plus de 7 000 nouveaux déplacés en l’espace de trois mois.
Cette vague de déplacements, la plus importante depuis plusieurs années, illustre l’ampleur de la crise qui secoue le pays. Les familles abandonnent tout : maisons, terres cultivables, moyens de subsistance, dans l’espoir d’échapper aux combats. Pourtant, les conditions d’accueil dans les villes déjà sous pression restent précaires.
Kidal, épicentre des combats et des bouleversements
La dégradation de la situation sécuritaire s’est accélérée avec une offensive conjointe menée par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) et le Front de libération de l’Azawad (FLA). Ces groupes ont pris le contrôle de la ville stratégique de Kidal, déclenchant une série d’affrontements dans d’autres zones clés comme Anéfis.
Pour les populations locales, les conséquences sont dramatiques : abandon des villages, déplacements forcés, et accès limité aux services de base. Les habitants des zones touchées se retrouvent piégés entre les menaces des groupes armés et les frappes militaires, sans issue visible.
Des frappes aériennes qui aggravent la crise
Depuis deux semaines, l’armée malienne a intensifié ses bombardements dans plusieurs secteurs, notamment autour de Tinzawatene. Selon une source sécuritaire, certains raids auraient endommagé des infrastructures médicales, provoquant de nouveaux départs. Cependant, ces informations restent difficiles à vérifier en l’absence d’accès indépendant aux zones concernées.
Ce qui est certain, en revanche, c’est que chaque offensive militaire ou jihadiste se traduit par un afflux supplémentaire de déplacés. Les villes comme Gao et Ménaka, déjà saturées, voient leurs ressources s’amenuiser face à l’afflux constant de familles en détresse.
Une pression humanitaire insoutenable
Avec plus de 400 000 déplacés internes officiellement recensés, le Mali fait face à une crise humanitaire d’une ampleur sans précédent. Les nouveaux arrivants à Gao et Ménaka ont besoin d’un hébergement d’urgence, de nourriture, d’eau potable, de soins médicaux et d’un soutien psychologique. Pourtant, les capacités des autorités locales et des organisations humanitaires sont déjà dépassées.
Les acteurs sur le terrain soulignent que le chiffre réel de déplacés est probablement supérieur aux estimations officielles, en raison des difficultés d’accès aux zones les plus reculées. Chaque jour, de nouvelles familles arrivent, alourdissant le fardeau des centres d’accueil déjà saturés.
Un conflit qui s’enlise depuis plus d’une décennie
Depuis 2012, le Mali est plongé dans une crise sécuritaire profonde, marquée par la montée en puissance de groupes jihadistes liés à Al-Qaïda et à l’État islamique. Les tensions communautaires et les revendications indépendantistes du nord ont également contribué à fragiliser davantage la situation.
Les deux coups d’État militaires de 2020 et 2021 avaient placé la reconquête du territoire et le rétablissement de la sécurité au cœur des priorités du gouvernement de transition. Pourtant, la reprise récente des combats montre les limites de cette stratégie. Les populations du Nord, déjà éprouvées par des années de déplacements, subissent une fois de plus les conséquences d’un conflit qui ne semble pas trouver d’issue.
Pour Gao et Ménaka, la question n’est plus seulement de gérer l’afflux actuel, mais de préparer l’avenir. Combien de temps encore ces villes pourront-elles accueillir des familles en quête de sécurité ? Et surtout, combien de temps les habitants des zones de combat pourront-ils rester chez eux avant de devoir tout abandonner ?