Le Cameroun face à son avenir politique : analyse d’un duel sans issue ?
Cameroun 2027 : l’élection présidentielle sous le prisme des théories politiques
À l’approche du double scrutin de 2027, l’économiste Serge Alain Godong décrypte avec une rigueur implacable les rouages du paysage politique camerounais. En s’appuyant sur des concepts comme la « théorie des jeux » et le « dilemme du prisonnier », il explique pourquoi, selon lui, l’opposition menée par Maurice Kamto ne dispose d’aucune marge de manœuvre pour s’imposer face au pouvoir en place.
Son analyse, aussi dense que percutante, dépeint un régime politique camerounais au crépuscule de son règne, où l’électorat privilégie la stabilité du connu à l’incertitude d’une alternance. « Le caractère ouvertement crépusculaire du régime quarantenaire en place porte plus que jamais à se représenter les dynamiques de consolidation ou de changement qui travaillent la sphère publique camerounaise », souligne-t-il dans son texte.
Pour Godong, tout commence en 2018. L’élan de surprise suscité par la déclaration de Maurice Kamto, revendiquant son rôle dans le « penalty marqué » contre le pouvoir, s’est progressivement dissipé. Depuis, Paul Biya a prêté serment pour un nouveau mandat, le MRC a été neutralisé, et la majorité des Camerounais ont « pris acte de la poursuite tranquille du séjour » d’un président installé à Etoudi.
L’économiste structure sa réflexion autour de la « théorie des jeux », où deux postulats s’imposent : « l’humain est fondamentalement calculateur » et « il a besoin d’information » pour sécuriser ses gains. Une élection, selon lui, devient « un moment spécifique où un homme propose à une nation un contrat sur l’avenir ». Or, pour Godong, Kamto ne peut offrir un contrat plus crédible que celui actuellement en vigueur. « Les quelque 8,5 millions d’électeurs camerounais appelés à voter l’année prochaine ne pourraient accorder leurs suffrages à Maurice Kamto que s’ils sont assurés qu’il garantira mieux leurs intérêts que Paul Biya ».
L’auteur identifie près de 16 millions de « gagnants » actuels : fonctionnaires, salariés du secteur privé formel, professions libérales et leurs familles. « On peut estimer que ce sont 1 500 milliards de F. CFA que se répartissent annuellement les Camerounais faisant partie de ces gagnants », précise-t-il. Bénéficiaires de la masse salariale, des marchés publics et des grands chantiers, ils sont « ceux qui vont voter pour le RDPC et son candidat, en pleine conscience de leurs intérêts ».
C’est ici que s’invite le « dilemme du prisonnier » : sans information coordonnée ni preuve tangible d’un modèle économique supérieur, l’électeur camerounais préfère le statu quo. « Les Camerounais sont parfaitement conscients que la situation actuelle est déficitaire, mais beaucoup la préfèrent à une équilibre hypothétique, dont ils ne peuvent garantir les bénéfices », analyse-t-il.
Godong poursuit son raisonnement en évoquant le « problème bamiléké », une notion qu’il emprunte à Meredith Terretta. Cette distinction entre « gung » (territoire) et « lepue » (liberté) servirait de fondement à un « darwinisme économique et social » attribuée aux ressortissants des Grassfields. Conséquence : « Maurice Kamto n’est pas perçu comme un simple opposant, mais comme une menace incarnant un plan maléfique ».
L’auteur décrit également un système où « chacun est lié à chacun par une petite magouille ; chacun prélève chez son voisin ». Un modèle où « les gagnants sont ceux qui mangent, et les perdants, ceux qui ont faim ». Sa conclusion est sans appel : quel que soit le vainqueur, « il n’aura d’autre choix que d’agir vite et fort » pour redistribuer, relancer l’économie et lutter contre la corruption. Croissance à 6 %, réduction du déficit, modernisation des infrastructures : « tout cela est sérieux et urgent ».
Enfin, Godong estime que le jeu politique camerounais « va devenir de moins en moins paresseux, de moins en moins rentier ». Le pays, selon lui, a besoin « d’un Paul Biya fort et engagé » pour gérer la transition et éviter un chaos économique.