Le Faso Libre

Actualités du Burkina Faso : politique, sécurité, économie et société, sans compromis éditoriaux.

Le Faso Libre

Actualités du Burkina Faso : politique, sécurité, économie et société, sans compromis éditoriaux.

A la Une

Gabon: reprise en main du secteur aurifère

Libreville – Le 22 juin 2026, une décision d’une portée exceptionnelle a été prise par les autorités gabonaises : la suspension de tous les permis de recherche et d’exploitation de la petite mine d’or sur l’ensemble du territoire. Cette mesure radicale vise à restaurer la souveraineté économique du pays sur une matière première devenue cruciale mais trop souvent soustraite aux circuits légaux.

L’annonce émane du ministère des Mines et des Ressources géologiques, quelques semaines après le démantèlement d’un vaste réseau d’orpaillage illégal dans la province de la Ngounié. L’opération, menée conjointement avec le ministère de la Défense, a révélé l’implication de ressortissants étrangers exploitant sans autorisation des gisements aurifères, privant ainsi l’État de recettes substantielles.

Au-delà de cette suspension administrative, c’est une prise de conscience stratégique qui s’exprime. L’or, longtemps considéré comme un sous-produit des filières pétrolière et manganésifère, devient une ressource centrale pour le Gabon. La flambée des cours mondiaux et l’appétit des investisseurs pour les métaux précieux ont multiplié les tentatives d’exploitation parallèle.

L’or, enjeu de souveraineté

Le secteur minier gabonais est en mutation. Alors que le pétrole et le manganèse dominent encore l’économie extractive, l’or s’impose comme une nouvelle frontière. Mais cette attractivité a un revers : l’émergence d’activités clandestines difficiles à endiguer. L’orpaillage illégal alimente des réseaux de contrebande qui échappent aux contrôles fiscaux et douaniers, générant des pertes considérables pour les caisses de l’État.

Les investigations dans la Ngounié ont mis en lumière des pratiques qui compromettent la crédibilité du cadre minier national. Chaque gramme d’or extrait hors des circuits officiels est autant de recettes perdues, mais aussi une brèche dans la souveraineté économique du pays.

Un audit en profondeur de la filière

Le ministère des Mines justifie cette suspension par la nécessité de réaliser un audit exhaustif de tous les titres miniers aurifères en cours. L’objectif est de vérifier la conformité des opérations, le respect des obligations réglementaires, et d’identifier les failles administratives qui ont permis l’essor de l’exploitation sauvage.

Pendant toute la durée du gel, aucune activité de prospection, de recherche ou d’exploitation relevant de la petite mine d’or ne pourra être menée sans une dérogation spécifique. Cette mesure s’inscrit dans une dynamique continentale : plusieurs pays africains, comme le Ghana, la Tanzanie ou le Burkina Faso, renforcent leur encadrement de l’orpaillage artisanal.

Le volet environnemental est également central. Les exploitations illicites entraînent souvent déforestation, pollution des cours d’eau et usage incontrôlé de produits dangereux. Le coût écologique dépasse bien souvent les bénéfices économiques.

Un test pour la gouvernance gabonaise

La réussite de cette opération dépendra de la capacité du gouvernement à transformer cette suspension en un nouveau modèle de gestion minière. L’audit devra aboutir à un cadre plus rigoureux, capable d’attirer les opérateurs responsables tout en excluant les réseaux illégaux.

Cette décision marque une évolution dans la gouvernance économique du Gabon. Dans un contexte où les ressources naturelles restent le moteur du développement, l’État entend exercer pleinement son autorité sur les secteurs stratégiques. L’enjeu n’est pas seulement de suspendre des permis, mais de bâtir une filière aurifère transparente, traçable et souveraine. Car dans un monde où l’or est une valeur refuge convoitée, le contrôle de la ressource devient aussi précieux que la ressource elle-même.