Au Bénin, un nouvel arsenal français pour contrer les bombes artisanales
Un saut technologique face à une menace asymétrique
La menace a changé de visage dans le nord du Bénin. Les groupes armés terroristes, acculés par la pression constante des forces de sécurité, délaissent de plus en plus les assauts frontaux pour privilégier une arme invisible et particulièrement meurtrière : les engins explosifs improvisés (EEI). Dissimulés sur les pistes, ces pièges artisanaux visent à freiner la mobilité des troupes et à semer la terreur. C’est pour répondre précisément à ce défi que la France a procédé, ce mardi 23 juin, à une remise massive d’équipements spécialisés au Centre de Perfectionnement aux Actions Post-Conflictuelles de Déminage et de Dépollution (CPADD) Colonel Jean Kouagou N’PINA.
La dotation comprend des détecteurs de métaux et d’anomalies de haute performance, des canons disrupteurs (utilisés pour détruire à distance les circuits des bombes sans déclencher l’explosion), ainsi que des véhicules d’intervention spécialisés. Mais la véritable valeur ajoutée de cette livraison réside dans la fourniture de brouilleurs portatifs. Ces appareils, portés à dos d’homme ou embarqués, permettent de couper instantanément les fréquences radio et les signaux cellulaires dans un périmètre donné, empêchant ainsi les terroristes de déclencher leurs bombes à distance au passage des convois.
L’impact civil et économique : sécuriser les routes pour faire revivre le Nord
Si cette livraison s’inscrit dans un cadre strictement militaire, ses retombées les plus profondes se feront sentir au cœur de la vie quotidienne des populations du septentrion béninois. Dans les zones frontalières, la peur des mines artisanales a progressivement paralysé l’économie locale. « La prolifération des engins explosifs improvisés exige une adaptation constante de nos moyens », a rappelé le Lieutenant-Colonel Djimon SAHGUI, Directeur du CPADD. Lorsque les routes ne sont plus sûres, ce sont les marchés hebdomadaires qui s’éteignent, les camions de coton qui ne circulent plus et l’accès aux centres de santé ou aux écoles qui devient impossible.
En renforçant les capacités du 1er Bataillon du Génie, ce don permet d’accélérer l’ouverture et la sécurisation des axes routiers. Pour l’habitant de Matéri, de Karimama ou de Tanguiéta, voir les équipes de déminage dotées de ces nouveaux outils est un message de réassurance puissant : l’État reprend le contrôle total de l’espace public pour permettre la continuité des activités pastorales et commerciales.
Formation EOD : vers une autonomie opérationnelle accrue
L’acquisition de matériel de pointe n’a de sens que si elle s’accompagne d’une maîtrise technique irréprochable. Le Lieutenant-Colonel Arnaud ARDILLIER, Attaché de Défense de l’Ambassade de France près le Bénin, a insisté sur le fait que ce don constitue avant tout « un investissement concret dans la sécurité des militaires béninois ». Ces nouveaux outils vont être immédiatement intégrés aux programmes de formation des spécialistes EOD (Explosive Ordnance Disposal, ou neutralisation des explosifs) dispensés au CPADD. Ce centre, de renommée régionale, va ainsi permettre aux techniciens béninois de s’exercer sur des technologies de dernière génération. L’objectif à court terme est de déployer des équipes de déminage ultra-qualifiées, capables de progresser en première ligne aux côtés des unités de combat, réduisant drastiquement le taux de pertes humaines lors des patrouilles.
Le cadre politique : un partenariat bilatéral réaffirmé
La cérémonie, présidée au nom du Haut Commandement par le Colonel Gilbert LOSSITODE, représentant le Chef d’État-Major Général des Forces Armées Béninoises, a mis en lumière la solidité des liens qui unissent Cotonou et Paris dans le domaine de la défense. Alors que l’architecture de sécurité en Afrique de l’Ouest est en pleine reconfiguration, le Bénin et la France affichent une convergence de vues et une coopération que le Lieutenant-Colonel SAHGUI qualifie de « solide et exemplaire ». En réceptionnant le matériel, le Colonel LOSSITODE a tenu à saluer un « acte de solidarité et d’engagement concret ». Ce projet de coopération, fruit d’un long travail de coordination entre les états-majors, vient directement appuyer l’Opération Mirador, le dispositif militaire béninois déployé dans le Nord pour contrer l’infiltration djihadiste.
Un pas de plus vers la résilience
Cette nouvelle étape dans le partenariat franco-béninois démontre que la réponse à la menace terroriste ne peut plus être uniquement quantitative, elle doit être technologique. En dotant le 1er Bataillon du Génie et le CPADD de moyens techniques de premier ordre, les Forces armées béninoises augmentent considérablement leur efficacité opérationnelle. Au-delà de l’avantage tactique sur le terrain, c’est la résilience globale des communautés du nord du Bénin qui se trouve renforcée. La neutralisation de la menace des EEI est la condition sine qua non pour que la stabilité revienne, que le développement économique reprenne ses droits et que les populations civiles puissent, enfin, envisager l’avenir sereinement.