Gabon : le retour de Shell, dix ans après, redonne des couleurs au baril gabonais
Dix ans après avoir cédé ses actifs terrestres, la major anglo-néerlandaise Shell annonce son retour au Gabon. Un signal fort pour l’industrie pétrolière locale, alors que Libreville cherche à inverser le déclin de sa production d’hydrocarbures. Cette décision s’inscrit dans un contexte de réformes post-transition et vise à attirer à nouveau les investissements internationaux.
Un signal politique pour le secteur pétrolier gabonais
Le retour de Shell intervient sous la présidence de Brice Clotaire Oligui Nguema, à la faveur de la transition d’août 2023. Les autorités multiplient les initiatives pour rendre le cadre pétrolier plus attractif : révision du code des hydrocarbures, relance des cycles d’attribution de blocs, discussions bilatérales avec plusieurs majors. L’objectif est d’inverser la tendance d’une production oscillant autour de 200 000 barils par jour, loin du pic de la fin des années 1990.
Pour Shell, ce retour n’est pas anodin. Le groupe, qui s’était désengagé d’actifs matures jugés peu stratégiques, ajuste sa vision du continent africain. La rareté des grandes découvertes onshore, la pression sur les coûts d’exploration en eaux ultraprofondes et la recherche de relais de croissance pétroliers à moyen terme reconfigurent les arbitrages. Le bassin gabonais, avec ses perspectives en offshore profond et autour des structures pré-salifères, retrouve ainsi une attractivité nouvelle.
Une production en déclin que Libreville veut relancer
Le pétrole demeure la première source de devises du Gabon, représentant plus de 40 % des recettes budgétaires et près de 80 % des exportations. L’épuisement des champs matures et la frilosité des investissements ont fragilisé cet équilibre. Les autorités comptent sur le retour des grands noms du secteur pour soutenir l’exploration et prolonger la durée de vie des gisements existants.
Plusieurs acteurs internationaux ont déjà manifesté leur intérêt renouvelé. La compagnie nationale Gabon Oil Company (GOC) monte en puissance dans la gestion des actifs. Le retour de Shell pourrait s’opérer en partenariat avec d’autres opérateurs présents localement, comme Perenco, TotalEnergies ou BW Energy, dont les positions offshore se sont consolidées.
Les modalités précises du redéploiement restent à préciser : périmètre des blocs concernés, calendrier, montants d’investissement, modèle contractuel. La nature des permis ciblés conditionnera l’ampleur du retour. Au-delà de Shell, c’est la crédibilité de la nouvelle politique pétrolière gabonaise qui est en jeu. La capacité de Libreville à concrétiser ces annonces dans un environnement concurrentiel (Nigeria, Angola, Namibie, Sénégal) déterminera la trajectoire du secteur pour la prochaine décennie.