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Crises au Sahel : les exactions des armées sous le feu des critiques

crises au Sahel : les exactions des armées sous le feu des critiques

Les soldats du Mali, du Burkina Faso et du Niger, engagés dans la lutte contre les groupes jihadistes au Sahel, font face à des accusations croissantes d’exactions envers les populations locales. Ces allégations, incluant des disparitions forcées et des exécutions sommaires, inquiètent désormais l’ONU.

La Fama (force armée malienne) patrouille dans le cercle d'Ansongo, région de Gao, au Mali, le 13 mars 2017.

L’ONU alerte sur les violations des droits humains

Lors d’une visioconférence du Conseil de sécurité dédiée au Sahel, le secrétaire général adjoint de l’ONU pour les opérations de paix, Jean-Pierre Lacroix, a appelé la Force conjointe du G5 Sahel et ses États membres à redoubler d’efforts pour respecter les droits humains.

Des chiffres alarmants

La mission de l’ONU au Mali (MINUSMA) a révélé une hausse des exactions attribuées aux armées nationales entre janvier et mars. L’organisation a recensé 101 exécutions extrajudiciaires imputées à l’armée malienne et une trentaine à l’armée nigérienne, tandis que 12 détenus pour terrorisme sont décédés dans des cellules de gendarmerie au Burkina Faso en mai. Des proches et des ONG évoquent des exécutions sommaires de civils.

Au Niger, une liste de disparus circulant en avril mentionne 102 victimes présumées de l’armée dans la région de Tillabéri. Le ministère de la Défense a annoncé une enquête tout en saluant le « professionnalisme » des troupes.

Des accusations ciblant les Peuls

Les organisations de défense des droits humains, comme l’association malienne peule Tabital Pulaaku, dénoncent des disparitions et des fosses communes, souvent impliquant des membres de l’ethnie peule, assimilés à des complices des jihadistes. Abou Sow, président de l’association, souligne : « Il est naïf de réduire le jihadisme à une seule ethnie. »

Les gouvernements du Sahel défendent leurs armées

Malgré ces accusations, les gouvernements du Sahel soutiennent leurs forces armées, confrontées à un manque d’équipements et de formation. Ismail Ould Cheikh Ahmed, chef de la diplomatie mauritanienne, a déclaré devant le Conseil de sécurité : « La Force conjointe du G5 Sahel doit intégrer pleinement la dimension des droits de l’homme. »

Abdou Abarry, ambassadeur du Niger, a réaffirmé l’adhésion de son pays aux droits humains, tandis que la Belgique a exprimé des inquiétudes face à des « allégations très sérieuses ».

Un contexte sécuritaire tendu

Les armées du Sahel sont critiquées alors que la région fait face à une escalade des violences. L’ONU et la France, dont 13 soldats sont morts en novembre, réévaluent leur engagement. Ibrahim Maïga, de l’Institut d’études de sécurité de Bamako, estime que « la protection des civils reste un objectif secondaire face à la priorité absolue : neutraliser les jihadistes ».

Le général Pascal Facon, commandant de la force antijihadiste française, a qualifié ces exactions d’« intolérables » et redouté qu’elles ne sapent la crédibilité des opérations militaires.

Perspectives d’avenir

Le Conseil de sécurité a pris note des mesures annoncées par plusieurs gouvernements sahéliens pour répondre à ces allégations et les a encouragés à les concrétiser. Cependant, la région reste plongée dans une instabilité persistante, avec des milliers de morts et des centaines de milliers de déplacés depuis 2012.