Crises au Mali : exactions de l’armée et du groupe Wagner contre les peuls
Des accusations graves d’exécutions et de disparitions forcées
Depuis janvier 2025, l’armée malienne et ses alliés du groupe Wagner, soutenus par la Russie, seraient responsables de dizaines d’exécutions sommaires et de disparitions forcées visant des hommes de l’ethnie peule. Ces actes, documentés par des témoignages et des enquêtes, s’inscrivent dans un contexte de conflit armé prolongé au Mali, où les forces gouvernementales luttent contre les groupes islamistes armés comme le GSIM (lié à Al-Qaïda).
Des accusations ciblant la communauté peule
Les soldats maliens et les combattants de Wagner sont accusés d’avoir systématiquement ciblé des civils peuls, les associant à une prétendue collaboration avec les groupes armés islamistes. Selon les observateurs, cette stigmatisation met en danger une communauté déjà vulnérable dans un pays en proie à l’instabilité.
- Au moins 12 exécutions sommaires et 81 disparitions forcées depuis janvier 2025.
- Des témoignages recueillis par des organisations internationales révèlent des violences arbitraires : passages à tabac, exécutions, incendies de villages.
- L’Union africaine est appelée à renforcer ses actions pour protéger les civils et soutenir les enquêtes.
Des crimes documentés dans plusieurs régions du Mali
Kobou (région de Ségou) : meurtres et destructions
Le 23 janvier 2025, des soldats maliens ont pénétré dans le village de Kobou, accusant ses habitants de soutenir le GSIM. Résultat : trois civils peuls exécutés, dont deux hommes âgés dont les corps ont été retrouvés avec les yeux bandés et les mains liées. Les soldats ont également incendié au moins 30 maisons. Les survivants, terrorisés, expliquent fuir systématiquement, craignant d’être pris pour cible par les militaires ou les groupes armés.
« Nous savons que si un soldat nous voit, c’est fini pour nous », confie un habitant de 28 ans. « Personne ne nous épargne, ni les djihadistes ni les forces gouvernementales. »
Farana (région de Tombouctou) : enlèvements et massacres
Le 26 mars 2025, quatre hommes peuls ont été arrêtés près d’une rivière par des soldats maliens. Selon des témoins, ils ont été torturés à mort, et leurs corps n’ont jamais été retrouvés. Une mare de sang et des restes humains ont confirmé ces exactions.
« C’était comme un abattoir. Il y avait du sang partout, de la chair collée aux branches. »
Sebabougou (région de Kayes) : arrestations massives et exécutions
Le 12 avril 2025, au moins 100 hommes peuls ont été arrêtés dans le village de Sebabougou sous l’accusation de collaboration avec les islamistes. Transportés vers un camp militaire à Kwala, 65 d’entre eux ont été exécutés sommairement, d’après les proches. Leurs corps, retrouvés en décomposition, confirment ces allégations.
Un rapport de l’ONU a exprimé son indignation face à ces exactions, qualifiées de crimes de guerre.
Belidanédji et Molodo (région de Ségou) : tueries et tortures
Le 30 mars 2025, des soldats maliens et des combattants de Wagner ont exécuté six civils peuls après des affrontements avec le GSIM. Les survivants décrivent des scènes de terreur : exécutions sommaires, passages à tabac, et détentions secrètes dans des conteneurs.
« Les soldats ne faisaient aucune distinction. Ils nous considéraient tous comme des djihadistes. »
Sikere (région de Ségou) : exécutions en représailles
Le 14 mai 2025, quatre hommes peuls ont été abattus par des soldats maliens, des miliciens dozos et des combattants de Wagner. Les survivants rapportent des menaces de massacres collectifs en cas de représailles des groupes armés.
« Ils nous ont dit : “Si les djihadistes attaquent, nous vous exterminerons jusqu’au dernier.” »
Un contexte de violations des droits humains et de retrait des forces internationales
Les exactions commises par l’armée malienne et le groupe Wagner s’inscrivent dans un contexte de crise humanitaire au Mali. Depuis 2012, le conflit a causé la mort de milliers de civils et déplacé plus de 350 000 personnes.
Le retrait de la mission de maintien de la paix de l’ONU en 2023, à la demande de la junte militaire, a aggravé les risques pour les populations civiles. Par ailleurs, le départ annoncé du groupe Wagner en juin 2025, remplacé par l’Africa Corps (sous contrôle russe), n’a pas mis fin aux violences : des attaques de groupes armés islamistes et séparatistes touaregs ont été signalées en juin, faisant de nombreuses victimes parmi les forces maliennes.
Les responsabilités et les recours possibles
Toutes les parties au conflit, y compris les forces maliennes et leurs alliés, sont soumises au droit international humanitaire, notamment l’article 3 commun aux Conventions de Genève, qui interdit les meurtres, les traitements cruels et la torture. Les disparitions forcées constituent également une violation grave de la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées, ratifiée par le Mali.
La Cour pénale internationale (CPI) a ouvert une enquête sur les crimes de guerre présumés au Mali depuis 2012. Malgré cela, les autorités maliennes n’ont pas encore répondu aux demandes d’enquêtes formulées par les organisations de défense des droits humains.
L’Union africaine est appelée à intensifier ses efforts pour faire pression sur la junte militaire afin qu’elle :
- Mette fin aux abus et aux exécutions sommaires.
- Révèle la localisation des personnes détenues.
- Mène des enquêtes indépendantes et traduise les responsables en justice.
- Accorde des réparations aux familles des victimes.
« Les hauts responsables maliens et russes doivent être tenus pour responsables des crimes commis par leurs soldats et leurs combattants. » Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel à Human Rights Watch.
Pour aller plus loin : comprendre le conflit au Mali
Depuis 2012, le Mali est en proie à une insécurité chronique, marquée par des affrontements entre les forces gouvernementales, les groupes armés islamistes (comme le GSIM et l’État islamique au Sahel) et les milices communautaires. La junte militaire, arrivée au pouvoir en 2021, a renforcé sa collaboration avec le groupe Wagner pour lutter contre les insurgés, malgré les accusations de violations des droits humains.
Les autorités maliennes ont toujours nié la présence officielle de Wagner, bien que des témoignages et des rapports aient confirmé leur implication dans des exactions. En 2023, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a reconnu que Wagner fournissait des « services de sécurité » au Mali, tout en qualifiant ses membres d’instructeurs.