Crise politique au Bénin : putsch avorté contre talon en direct à la tv
crise politique au Bénin : putsch avorté contre Patrice Talon en direct à la télévision
Des tirs ont retenti ce dimanche matin à Cotonou, capitale économique du Bénin. Huit militaires, formant le Comité militaire pour la refondation (CMR), ont annoncé à la télévision publique la destitution du président Patrice Talon. Pourtant, le gouvernement béninois a rapidement rassuré : « l’opération a été neutralisée ». Que s’est-il réellement passé dans ce pays d’Afrique de l’Ouest ?
Déroulé des événements : un putsch éclair rapidement maîtrisé
Huit soldats, reconnaissables à leurs bérets multicolores, ont pris le contrôle de la télévision nationale. Sous l’étendard du CMR, ils ont proclamé un lieutenant-colonel comme chef de l’État par intérim. Leur justification ? Une « dégradation continue de la sécurité au nord du Bénin », des « inégalités dans les promotions militaires » et une « restriction des libertés fondamentales » sous le gouvernement de Patrice Talon.
Les putschistes ont également pointé du doigt la gestion des familles des soldats morts au combat. « Les militaires ne sont plus écoutés », ont-ils déclaré. Cependant, leur opération a tourné court : des coups de feu ont été entendus, mais la plupart des habitants de Cotonou poursuivaient leurs activités habituelles.
Le ministre de l’Intérieur, Alassane Seidou, a réagi sans tarder : « Il s’agit d’un groupuscule qui ne contrôle que la télévision. L’armée régulière a repris le dessus. Cotonou et le pays sont totalement sécurisés ». Selon des sources militaires, une douzaine de militaires impliqués dans le complot ont été arrêtés.
Patrice Talon : un président controversé à l’approche de la fin de mandat
Patrice Talon, en poste depuis 2016, doit quitter le pouvoir en avril 2026 après deux mandats. Le scrutin présidentiel de 2026 opposera son parti à un opposant « modéré », tandis que le principal parti d’opposition est exclu de la course.
Malgré des avancées économiques notables, Patrice Talon est critiqué pour son « virage autoritaire ». Ses détracteurs lui reprochent des restrictions des libertés et une gestion opaque des affaires publiques. Pourtant, le Bénin reste l’un des rares pays de la région à maintenir une alternance démocratique régulière.
Réactions internationales : la CEDEAO et l’Union africaine condamnent fermement
La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a dénoncé une « action anticonstitutionnelle » et réaffirmé son « soutien au gouvernement béninois ». L’Union africaine (UA) a emboîté le pas, exigeant l’arrêt immédiat des « actions illégales » et le retour des militaires dans leurs casernes.
Le président de la Commission de l’UA, Mahamoud Ali Youssouf, a appelé sur X (ex-Twitter) à « cesser toute action subversive » et à « respecter les institutions démocratiques ».
Contexte géopolitique : le Bénin face aux instabilités régionales
Le Bénin, malgré sa stabilité relative, n’est pas épargné par les tensions. Ce pays d’Afrique de l’Ouest a connu plusieurs coups d’État dans son histoire, notamment en 1963, 1965 et 1969. Sous Patrice Talon, deux tentatives de putsch ont déjà été déjouées : en 2020 et en septembre 2024.
La région est aujourd’hui marquée par une recrudescence des coups d’État : Mali, Burkina Faso, Niger, Guinée et plus récemment Guinée-Bissau en novembre 2025. Ces instabilités alimentent les craintes d’un « effet domino » en Afrique de l’Ouest.
Alors que le Bénin tente de maintenir son équilibre politique, cette tentative avortée de destitution rappelle les fragilités persistantes des institutions démocratiques en Afrique.