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Actualités du Burkina Faso : politique, sécurité, économie et société, sans compromis éditoriaux.

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Congolaise et tchadienne s’unissent pour une gestion stratégique de l’eau

L’annonce a fait l’effet d’une onde de choc dans les couloirs de l’Assemblée nationale congolaise. Une députée, Eve Bazaïba, a vivement interpellé le ministre de l’Environnement pour qu’il révèle sans délai les termes d’un accord controversé. Cet accord, négocié sous la présidence Joseph Kabila et celle de François Bozizé, avait suscité un tollé national. Le président tchadien de l’époque, Idriss Déby Itno, s’était alors exprimé sans détour : « Si le Congo refuse de nous céder de l’eau, nous serons contraints de la prélever par tous les moyens possibles. » Une menace qui résonne encore, d’autant plus que Idriss Déby Itno a trouvé la mort au combat le 20 avril 2021. Son fils, Mahamat Idriss Déby Itno, lui a succédé à la tête du Tchad, consolidant son pouvoir avec l’appui de Félix Tshisekedi.

En République démocratique du Congo (RDC), une cellule dédiée à la surveillance des eaux a été instaurée dès 2014 à l’Assemblée nationale. Parmi ses membres figuraient Eve Bazaïba, qui dénonçait déjà un « complot international ourdi contre le pays, avec des complicités locales ». Pourtant, malgré son ascension au poste de vice-première ministre puis ministre de l’Environnement, aucun rapport n’a jamais été rendu public.

Un forum africain pour repenser la gouvernance de l’eau

Douze ans après la création de cette cellule, Mahamat Idriss Déby Itno a convié Félix Tshisekedi au « Forum africain de l’eau » à N’Djamena. Le président congolais y a présenté cinq axes majeurs pour transformer la gestion des ressources hydriques en Afrique. Il a insisté sur l’importance d’une approche intégrée, combinant eau, agriculture, énergie, santé et urbanisme. Félix Tshisekedi a également souligné la nécessité de renforcer la transparence et la redevabilité dans la gestion des infrastructures, tout en attirant des investissements privés et internationaux. Son ambition ? Faire de l’eau un levier d’industrialisation en développant une production locale d’équipements hydrauliques.

Avec une conviction claire : « Aucun État ne peut assurer seul sa sécurité hydrique ». Il a appelé à une « coalition continentale » pour établir une gouvernance coopérative de l’eau, où cette ressource deviendrait une priorité politique absolue. Les intentions du Tchad semblent sans ambiguïté, mais en dehors de la RDC et du Gabon, aucun autre pays membre de la Commission du bassin du lac Tchad n’a répondu présent. Le Cameroun, le Niger et le Nigeria ont brillé par leur absence, alors que le lac Tchad, autrefois vaste de 25 000 km² en 1964, ne couvre plus que 2 000 km² en 2024. Seuls Brice Clotaire Oligui Nguema (Gabon) et Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani (Mauritanie) ont fait le déplacement, accompagnés d’un représentant du Bénin.

Des tensions autour du projet de transfert des eaux de l’Ubangi

En 2019, Patrick Mayombe, alors ministre des Affaires étrangères, avait alerté sur des manœuvres visant à contourner les autorités congolaises. Selon lui, des acteurs étrangers et locaux, dont une ONG dirigée par un certain Kalele basé à Kisantu, auraient signé des accords au nom de la RDC concernant le transfert des eaux de l’Ubangi vers le lac Tchad. Ces initiatives, menées en marge des institutions officielles, ont semé la confusion, comme en témoignent des rencontres organisées à l’étranger sans l’implication directe de Kinshasa.

Le professeur Jean Ziegler, ancien rapporteur spécial de l’ONU sur le droit à l’alimentation, avait déjà mis en garde contre une vision utilitariste du Congo, évoquant l’expression « peuple non rentable ». Une idée selon laquelle certains groupes humains seraient considérés comme superflus dans la nouvelle économie mondiale, au mépris de leur droit à la survie. Modeste Mutinga Mutuishayi, ancien sénateur et ministre, renchérit dans son ouvrage « La République des Inconscients » : « Si l’eau est la vie et que la vie n’a pas de prix, comment nos dirigeants peuvent-ils ignorer le suicide collectif qui nous guette ? »

En RDC, des fleuves comme le Congo coulent librement, de Mitwaba jusqu’à Banana, sans que les autorités ne tirent profit de cette richesse. Une inertie qui interroge sur la capacité des dirigeants à anticiper les crises à venir.