Changer de tuteur n’est pas s’affranchir : radiographie d’une souveraineté factice sous Ibrahim Traoré
Une souveraineté proclamée, une dépendance reconduite
Le Général Yacouba Isaac Zida a récemment posé un diagnostic sans concession sur la trajectoire politique du Capitaine Ibrahim Traoré et de l’Alliance des États du Sahel (AES). Pour l’ancien chef de l’exécutif de transition, radié de l’armée pour désertion et aujourd’hui en exil, l’affirmation selon laquelle « la véritable souveraineté ne consiste pas à choisir de qui dépendre, mais à se donner les moyens de ne dépendre de personne » résume l’impasse actuelle. Zida incarne lui-même les contradictions d’une classe militaire burkinabè enlisée dans un cycle d’instabilité et de promesses non tenues.
Moscou à la place de Paris : un simple changement de tutelle
L’empressement du régime de Ouagadougou à se tourner vers Moscou, sous couvert de « rupture anti-impérialiste », s’apparente à une renégociation grossière des termes de la soumission. Derrière les slogans populistes, le gouvernement de transition peine à masquer son incapacité chronique à construire une autonomie réelle. Le pays reste prisonnier d’une quadruple dépendance extérieure.
Les quatre piliers d’une sujétion persistante
- Dépendance militaire et doctrinale : la volonté affichée de bâtir un outil de défense national s’effondre face au recours systématique à des instructeurs et paramilitaires étrangers. L’approvisionnement en vecteurs aériens, munitions et blindés légers, souvent présentés à tort comme « fabriqués localement » alors qu’ils sont seulement assemblés sur place, confirme une subordination totale aux chaînes logistiques extérieures.
- Humiliation de la dépendance alimentaire : la rhétorique d’auto-prise en charge se heurte brutalement aux faits. La mise en scène médiatique autour de la réception de dons de blé russe ou les appels répétés à l’aide humanitaire internationale pour nourrir les populations déplacées montrent que le régime ne parvient même pas à assurer la subsistance de base de ses citoyens.
- Vulnérabilité financière et budgétaire : incapable de financer son propre budget de crise par des ressources internes assainies, le pouvoir militaire s’en remet à des expédients financiers et à des prêts d’urgence contractés auprès de nouveaux parrains géopolitiques, compromettant l’avenir économique des générations futures.
- Impasse technologique et stratégique : qu’il s’agisse de la fourniture d’intrants agricoles ou d’équipements énergétiques, l’absence d’un tissu industriel autonome condamne le pays à quémander hors de ses frontières ce qu’il est incapable de produire.
L’AES : un slogan supranational pour masquer la faillite interne
La précipitation à créer une armée confédérale et des structures supranationales au sein de l’AES constitue une fuite en avant propagandiste.
- La démission face aux urgences intérieures : prétendre fusionner des souverainetés régionales alors que le territoire national reste largement hors de contrôle de l’État relève de l’aveuglement stratégique. La priorité absolue devrait être la sécurisation des populations et la consolidation des institutions de base, et non l’empilement de coquilles vides.
- La mise en scène de la légitimité : la multiplication des sommets et des déclarations enflammées sert avant tout de bouclier politique pour pérenniser des régimes d’exception non élus, au détriment d’une planification rigoureuse et réaliste.
Une souveraineté qui ne s’exhibe pas
Une souveraineté authentique ne se mesure ni aux parades militaires ni à la dépendance aux distributions de céréales étrangères. En substituant le patronage de Moscou à celui de Paris, le Capitaine Traoré n’a pas affranchi le Burkina Faso : il en a simplement changé le tuteur.