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ActualitésChronique

Au Togo, Faure Gnassingbé étend son pouvoir au mépris des règles démocratiques

Un tournant autoritaire sous couvert de réforme institutionnelle

L’interpellation de deux journalistes français dans le nord du Togo a révélé une vérité troublante : le pays glisse vers un système où le droit n’est plus qu’un décor. Inculpés après avoir été retenus par les services de renseignement, leur dossier a été traité sous directives directes du sommet de l’État. Le président Faure Gnassingbé aurait personnellement exigé du garde des Sceaux, Pacôme Adjourouvi, de « ne céder à aucune pression extérieure ». Une consigne qui résume à elle seule l’état de la gouvernance togolaise : une chaîne de commandement où l’exécutif dicte sa loi, y compris à la justice.

Cette affaire diplomatique n’est que la partie émergée d’un iceberg bien plus inquiétant. Le Togo, autrefois dirigé par un président élu, est désormais piloté selon des mécanismes opaques, où les institutions ne sont que des écrans masquant une mainmise totale sur le pouvoir. La question qui se pose n’est plus celle de la légitimité électorale, mais celle de la survie même de l’État de droit.

Une Constitution sur mesure pour perpétuer un règne personnel

La réforme constitutionnelle de 2024, adoptée par une Assemblée nationale sans opposition crédible, a redessiné les fondements mêmes de la République togolaise. Le titre de « président de la République » est désormais attribué à un personnage symbolique, Jean-Lucien Savi de Tové, tandis que l’essentiel du pouvoir exécutif échoit à un « président du Conseil » : Faure Gnassingbé lui-même, depuis le 3 mai 2025. Ce poste, dépourvu de limite de mandat, permet une occupation indéfinie du pouvoir, transformant une présidence limitée en une dynastie déguisée en système parlementaire.

Avec 108 députés sur 113 issus du parti présidentiel (UNIR) après des élections largement boycottées par l’opposition, le résultat était écrit d’avance. Les urnes n’ont plus leur mot à dire : le pouvoir s’autorégule, se perpétue et se renforce. Le Togo n’est plus une démocratie, mais une monarchie de fait, où les titres changent sans que la substance du pouvoir ne soit remise en cause.

La justice, dernier rempart devenu simple rouage du système

L’affaire des journalistes français n’est pas un cas isolé. Elle s’inscrit dans une logique systémique où les services de renseignement et le ministère public agissent comme des instruments au service d’un homme et d’un parti. L’ordre de « ne céder à aucune pression » n’est pas une exception, mais la règle. Quand le chef de l’État donne des instructions aux magistrats, quand les dossiers sensibles sont traités en fonction des besoins politiques du moment, la séparation des pouvoirs devient une fiction.

Cette instrumentalisation de la justice a été observée lors des répressions des manifestations de juin 2025, dans les poursuites contre les opposants, ou encore dans la gestion des affaires sensibles. Le droit n’est plus un garde-fou, mais un outil de contrôle, ajusté selon les circonstances. Les tribunaux ne rendent plus la justice : ils appliquent des consignes.

Un régime sans légitimité populaire, mais soutenu par un Parlement acquis

Qui gouverne réellement au Togo ? La réponse est sans ambiguïté : un homme qui a hérité du pouvoir en 2005, l’a consolidé pendant deux décennies, puis a modifié les règles pour le conserver indéfiniment. Aucune consultation populaire n’a été organisée pour valider cette refonte institutionnelle. Les élections législatives, entachées de contestations et de boycotts, n’ont fait que légitimer une Assemblée sans opposition réelle. Le Sénat, dont un tiers des membres est nommé par le chef de l’État, renforce encore cette mainmise.

Ce n’est pas une transition politique, mais une reconduction de fait d’un pouvoir personnel. Les institutions sont vidées de leur substance, les procédures deviennent des formalités, et le peuple togolais n’a plus voix au chapitre. Le système actuel n’est qu’un habillage moderne d’une monarchie déguisée, où les titres changent mais la réalité du pouvoir reste inchangée.

Un équilibre explosif entre arbitraire et contestation

Quand l’arbitraire remplace le droit, quand les institutions ne sont plus que des coquilles vides, quand la justice est soumise à des ordres politiques, le contrat social se fissure. Le Togo n’est plus confronté à une simple crise institutionnelle : il est face à un régime qui a choisi de gouverner en dehors de tout cadre républicain stable et prévisible.

La question n’est plus seulement « qui dirige ? », mais « jusqu’où ce système peut-il aller sans provoquer une rupture ? ». Les contradictions internes, la pression populaire croissante et l’isolement international pourraient, à terme, faire basculer une situation déjà tendue. Dans l’ombre de ce régime, une nation se demande : quelle sera la prochaine étape ?