Venance Konan et les dérives du panafricanisme contemporain
Alors que l’Afrique attend le verdict de la justice en Afrique du Sud concernant Kémi Séba, appréhendé récemment lors d’une tentative d’entrée illégale au Zimbabwe, l’écrivain Venance Konan s’interroge. L’activiste, véritable phénomène des réseaux sociaux, incarne-t-il réellement le panafricanisme d’aujourd’hui ? Ce questionnement permet de revisiter la trajectoire de ce courant historique.
Une arrestation aux alliances surprenantes
Le parcours de Stellio Gilles Robert Capo Chichi, plus connu sous le nom de Kémi Séba, a pris un tournant inattendu. Ce citoyen du Bénin, muni d’un passeport diplomatique du Niger, a été interpellé en compagnie d’un militant sud-africain prônant la suprématie blanche. Ce duo improbable cherchait à franchir clandestinement la frontière vers le Zimbabwe.
Président de l’organisation « Urgences panafricanistes », Kémi Séba est célèbre pour ses diatribes contre la France, le franc CFA et ses propos antisémites. Ces positions lui ont d’ailleurs coûté sa nationalité française. Parallèlement, il fait l’objet d’un mandat d’arrêt international émis par le Bénin pour incitation à la révolte, suite à son soutien affiché à une tentative de coup d’État.
L’influence de la Russie et le soutien aux régimes de l’AES
Aux côtés de figures comme Franklin Nyamsi et Nathalie Yamb, Kémi Séba mène une offensive médiatique contre l’influence française. Pourtant, Venance Konan souligne une contradiction majeure : ces leaders se font les porte-voix de la Russie et soutiennent activement les régimes militaires de l’Alliance des États du Sahel (AES), dirigés par Assimi Goïta au Mali, Ibrahim Traoré au Burkina Faso et Abdourahamane Tiani au Niger. Le panafricanisme moderne se résume-t-il à troquer une tutelle pour une autre en validant des dictatures ?
De la lutte anticoloniale aux micro-nationalismes
Historiquement, le panafricanisme est une quête d’unité et de dignité née au 20e siècle. Porté par des géants comme Kwame Nkrumah ou Sékou Touré, il a galvanisé la FEANF dans les années 1950. Si les indépendances des années 1960 semblaient marquer sa victoire, la réalité a rapidement laissé place aux divisions internes et aux conflits frontaliers.
Malgré la transformation de l’OUA en Union africaine sous l’impulsion de Mouammar Kadhaffi, l’intégration continentale piétine. Le NEPAD, censé booster le développement, semble aujourd’hui tombé dans l’oubli, laissant place à des replis identitaires inquiétants.
Un idéal dévoyé par l’opportunisme ?
Aujourd’hui, si chaque leader politique se revendique panafricaniste, de la Côte d’Ivoire avec le PPA-CI de Laurent Gbagbo au Sénégal avec le PASTEF, les faits racontent une autre histoire. Entre guerres civiles et xénophobie intracontinentale, l’unité semble lointaine.
Venance Konan n’hésite pas à qualifier le discours des activistes actuels de « frelaté ». En se mettant au service d’intérêts étrangers ou de régimes liberticides, ces figures s’éloignent des idéaux originels. Pour l’auteur, si l’Afrique doit impérativement s’unir pour faire face aux prédateurs mondiaux, elle doit le faire loin de ce qu’il perçoit comme une forme d’escroquerie intellectuelle.