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Vaccination contre le vph au Mali : une année de succès et de défis persistants

vaccination contre le vph au Mali : une année de succès et de défis persistants

Un an après le lancement de la campagne de vaccination contre le papillomavirus humain (VPH) au Mali, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Plus de 145 000 jeunes filles de 10 ans ont déjà bénéficié de cette protection vitale contre le cancer du col de l’utérus. Cette initiative, déployée dans tout le pays grâce à une collaboration entre les autorités sanitaires et les partenaires internationaux, marque une avancée majeure pour la santé des femmes maliennes.

Cependant, malgré ces résultats encourageants, des défis persistent. Réticences familiales, fausses informations et contraintes logistiques freinent encore l’accès universel à ce vaccin. Heureusement, la mobilisation des soignants, des associations locales et des communautés elles-mêmes permet de transformer progressivement les mentalités et de renforcer la confiance dans ce dispositif.

Des jeunes filles brandissant leur carnet de vaccination après avoir reçu la dose contre le VPH au centre Djiguiya à Bamako

une vaccination en marche, mais des obstacles à surmonter

Dès les premiers mois de la campagne, les équipes sanitaires ont dû faire face à des idées reçues tenaces. « Au début, beaucoup de parents et de jeunes filles craignaient que ce vaccin affecte la fertilité ou provoque des effets indésirables graves », explique Amin Dem, sage-femme à Bamako. Grâce à des séances de sensibilisation adaptées, réalisées dans les langues locales, ces craintes se dissipent peu à peu. « Quand on explique clairement les bénéfices, les réticences s’estompent », ajoute-t-elle.

des chiffres qui reflètent l’engagement collectif

Entre janvier et septembre 2025, 145 000 filles de 10 ans ont été vaccinées, dont une majorité scolarisées (113 000). Cependant, environ 32 400 jeunes filles non scolarisées ont également pu accéder au vaccin, bien que leur nombre reste insuffisant. Les autorités sanitaires reconnaissent la nécessité de renforcer les efforts pour toucher ce public vulnérable, souvent plus exposé aux risques.

Le schéma à dose unique, adopté pour cette campagne, facilite grandement l’organisation logistique et garantit une protection complète dès la première injection. Une stratégie saluée par le Dr Ibrahima Téguété, gynécologue-obstétricien au CHU du Point G : « Ce vaccin représente une avancée historique. Il nous permet enfin d’agir en prévention primaire, avant même que la maladie ne se déclare ».

le cancer du col de l’utérus : une menace encore trop présente

Au Mali, le cancer du col de l’utérus reste l’un des cancers les plus fréquents chez les femmes. Les objectifs fixés par l’OMS (90-70-90) visent à vacciner 90 % des filles contre le VPH, à dépister 70 % des femmes à deux âges clés et à traiter 90 % des lésions détectées. Bien que la vaccination progresse, d’autres défis subsistent, notamment en matière de dépistage et de traitement. « Nous n’avons qu’une seule unité de radiothérapie dans tout le pays », rappelle le Dr Téguété, soulignant les limites du système de santé.

la société civile, un acteur clé dans la réussite de la campagne

L’implication des associations locales a été déterminante pour gagner la confiance des familles. À Bamako, l’ONG Solidaris223 a mené des centaines de séances d’information dans les quartiers et les écoles. « Les mamans venaient spontanément nous demander où faire vacciner leurs filles », se réjouit Amina Dicko, présidente de l’association.

Au Centre Djiguiya, une journée dédiée à la vaccination a permis de vacciner 70 internes sans aucun effet secondaire signalé. « J’ai fait vacciner ma fille parce que je sais à quel point cette maladie peut être dévastatrice », témoigne Fannata Dicko, dont la belle-mère a succombé à un cancer du col de l’utérus. Son histoire illustre parfaitement l’impact de la sensibilisation : « Mieux vaut prévenir que guérir ».

Les adolescentes, quant à elles, partagent leur expérience avec enthousiasme. Awa, 10 ans, confie : « J’avais un peu peur de l’aiguille, mais ça s’est passé très vite. Je suis heureuse d’être protégée pour l’avenir ». Son camarade Haby, vaccinée à l’école, ajoute : « Notre maîtresse nous a expliqué pourquoi c’était important. J’en ai parlé à ma mère, qui m’a soutenue ».

combattre les rumeurs et renforcer la confiance

Malgré les progrès réalisés, certaines rumeurs persistent, alimentées par des croyances infondées. « Certains prétendent que ce vaccin est une menace pour nos filles », dénonce le Dr Téguété. Pour y remédier, les équipes sanitaires misent sur la transparence et la pédagogie. Amin Dem constate au quotidien cette évolution : « Aujourd’hui, de plus en plus de mamans viennent d’elles-mêmes demander le vaccin pour leurs filles ».

Le rôle des leaders religieux est également crucial. Leur soutien a permis de rassurer de nombreuses familles hésitantes. Comme le souligne le Dr Téguété : « Leur implication a changé la donne. Les parents sont désormais plus confiants ».

des défis logistiques à relever

L’accès aux zones reculées reste un enjeu majeur. Entre Mopti et Gao, les déplacements sont parfois impossibles par la route en raison de l’insécurité ou des conditions climatiques. Pour contourner ces obstacles, des dotations de vaccins sont acheminées par avion vers les chefs-lieux de région. Une logistique complexe, mais essentielle pour garantir l’équité d’accès.

une gratuité qui garantit l’équité

Le vaccin contre le VPH est entièrement gratuit pour toutes les filles de 10 ans, une mesure rendue possible grâce au partenariat entre l’État malien et des organisations comme Gavi. Cette gratuité est un gage d’égalité, permettant aux familles les plus modestes d’y accéder sans difficulté. « Si nous maintenons cet effort sur le long terme, nous pourrons vacciner toutes les filles âgées de 9 à 14 ans », estime le spécialiste.

vers un avenir plus sain pour les femmes maliennes

Les efforts de prévention ne datent pas d’hier. Entre 2016 et 2022, le programme Weekend 70 a permis d’augmenter le taux de dépistage du cancer du col de 15 % à plus de 70 % dans le district de Bamako. Pourtant, la désinformation reste un frein important. « Ce que les gens ne comprennent pas, ils le craignent », rappelle le Dr Téguété, insistant sur l’importance de poursuivre les campagnes d’information.

Les résultats observés à Bamako sont encourageants et pourraient servir de modèle pour le reste du pays. « Bamako n’est pas le Mali, mais c’est un bon indicateur de ce que nous pouvons accomplir ensemble », conclut Amin Dem. Pour les professionnels de santé et les associations, cette campagne marque le début d’une transformation profonde de la santé des femmes au Mali. Comme le rappelle le Dr Téguété : « Chaque fille vaccinée, c’est une femme sauvée ».