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Togo : la facture exorbitante des sms de résultats scolaires, un scandale d’état démantelé

TOGO : LA FACTURE EXORBITANTE DES SMS DE RÉSULTATS SCOLAIRES, UN SCANDALE D’ÉTAT DÉMANTÉ

Une pratique systématique et coûteuse, longtemps tolérée au sein du système éducatif togolais, vient de prendre fin. En abolissant la consultation des résultats d’examens par SMS payants, le ministre togolais de l’Éducation nationale, Mama Omorou, a révélé l’ampleur d’un détournement financier organisé à l’échelle nationale. Ce système, en vigueur depuis des années sous l’ère du président Faure Gnassingbé, a permis à des acteurs privés de s’enrichir indûment, au détriment des familles les plus vulnérables.

Un mécanisme frauduleux au service d’une élite économique

Lors d’une inspection surprise menée le 30 mai 2026 dans les centres de correction des lycées de Tokoin et d’Agoè-centre, le ministre a dénoncé avec fermeté un dispositif qualifié de « machine à cash » et de « piège délibéré ». Le principe en était simple : chaque année, à l’issue des sessions d’examens nationaux (CEPD, BEPC, BAC I et BAC II), les familles togolaises, sous l’emprise du stress et de l’incertitude, multipliaient les envois de SMS surtaxés pour obtenir un résultat déjà connu. Entre 100 et 250 francs CFA par message, parfois jusqu’à cinq par foyer, cette pratique a généré des profits colossaux pour quelques opérateurs de téléphonie et des intermédiaires, tandis que les caisses de l’État restaient étrangement vides.

Des milliards de francs CFA détournés en deux décennies

Bien que les chiffres exacts ne soient pas encore rendus publics, les estimations laissent entrevoir l’étendue du scandale. Chaque année, des centaines de milliers d’élèves passent les examens nationaux au Togo. Multipliés par le nombre de SMS envoyés en moyenne par foyer (souvent trois à cinq), cela représente des dizaines de millions de messages par session. Sur quinze à vingt ans, le volume financier atteint plusieurs milliards de francs CFA. Une somme colossale qui n’a jamais profité au système éducatif, mais qui a été redistribuée vers des structures privées, dans l’indifférence générale des autorités précédentes.

Vers un accès gratuit et transparent aux résultats

La suppression des SMS payants marque une avancée nécessaire, mais elle ne suffit pas. Pour éviter le retour aux files d’attente interminables devant les établissements scolaires, sources de tensions et d’inégalités, il est impératif de mettre en place des solutions numériques modernes et accessibles à tous. L’État togolais doit désormais assumer pleinement sa souveraineté numérique en hébergeant les résultats sur des serveurs publics (.tg), garantissant ainsi sécurité et transparence.

La gratuité doit être la pierre angulaire de ce nouveau dispositif : financé par le budget national de l’Éducation, l’accès aux résultats devra être universel, sans discrimination. Les portails en ligne, adaptés aux téléphones mobiles, ainsi que des notifications par courriel, constituent des alternatives simples et peu coûteuses, déjà maîtrisées par de nombreux pays africains.

Un tournant éthique pour l’école togolaise

Au-delà de l’aspect financier, cette réforme s’inscrit dans une volonté de restaurer l’intégrité du système éducatif. Lors de sa visite dans les centres de correction, le ministre a rappelé aux correcteurs l’importance cruciale de la rigueur, de l’éthique et de la méritocratie. En mettant fin à ces pratiques opaques, l’État togolais envoie un signal fort : l’école doit redevenir un ascenseur social, et non un terrain de prédation pour quelques privilégiés.

Reste à savoir si cette volonté de rupture sera suivie d’actes concrets. Une enquête approfondie sur les contrats passés avec les opérateurs de téléphonie s’impose pour identifier les responsables de ce détournement systémique. La justice sociale, promise par cette réforme, ne pourra être pleinement réalisée que si les milliards de francs CFA détournés sont restitués et réinvestis dans l’éducation des jeunes Togolais.