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Politique

Tchad : l’opposition muselée, vers un régime à parti unique ?

Une répression accrue contre l’opposition tchadienne

Le Tchad franchit une étape supplémentaire vers un régime autoritaire avec la condamnation de huit responsables de l’opposition à huit ans de prison ferme. Ces dirigeants, membres du Groupe de concertation des acteurs politiques (GCAP), avaient prévu une manifestation le 2 mai pour dénoncer les dysfonctionnements de la gouvernance. Leur procès, qualifié d’expéditif par leurs avocats, s’est conclu par des accusations d’association de malfaiteurs, mouvement insurrectionnel et détention illégale d’armes, des chefs d’inculpation vivement contestés.

Cette décision s’inscrit dans une dynamique de restriction des libertés fondamentales. La veille de leur condamnation, la Cour suprême a dissous le GCAP, principale coalition d’opposition du pays. Une mesure qui prive le Tchad d’une opposition structurée, laissant le Mouvement patriotique du salut, parti du président Mahamat Idriss Déby, comme unique force politique dominante.

Une transition politique sous tension

Depuis le décès du président Idriss Déby Itno en 2021, la transition politique au Tchad est marquée par un durcissement des mesures répressives. Les manifestations publiques sont interdites depuis plus de six ans, et celles qui ont eu lieu ont souvent dégénéré en violences. En octobre 2022, une répression sanglante a fait près de 200 morts parmi les manifestants, illustrant l’usage disproportionné de la force par les autorités.

La société civile et les organisations internationales s’alarment de cette dérive autoritaire. Les Nations unies ont réitéré leur appel au respect des droits humains, notamment la liberté d’expression, d’association et de rassemblement pacifique. Pourtant, le gouvernement tchadien semble persister dans sa stratégie de contrôle, utilisant le système judiciaire comme outil de répression contre les voix dissidentes.

Un retour aux heures sombres de l’histoire ?

Les parallèles avec les régimes autoritaires passés sont frappants. Sous les présidences de François Tombalbaye (1960-1975) et Hissène Habré (1982-1990), seuls les partis pro-régime étaient tolérés. Ces régimes, marqués par la répression et la propagande, ont finalement été emportés par des coups d’État, comme celui qui a coûté la vie à Idriss Déby Itno en 2021.

Depuis son indépendance en 1960, le Tchad est en proie à une instabilité chronique, avec des cycles répétés de conflits et de violences politiques. La récente révision constitutionnelle, qui porte la durée du mandat présidentiel à sept ans, renforce les craintes d’un retour à un système à parti unique.

Les risques d’une radicalisation accrue

L’usage croissant de la force, même dans des situations anodines, risque de radicaliser une partie de la population, en particulier les jeunes. En avril 2025, des militants du parti Les Transformateurs, célébrant leur huitième anniversaire, ont été victimes d’une attaque armée ayant causé un mort et deux blessés graves. Le trésorier du parti a également été enlevé et torturé, un incident qui s’inscrit dans une série d’agressions contre les opposants.

Face à cette escalade, les organisations régionales et internationales doivent jouer un rôle actif. L’Union africaine, la Communauté économique des États d’Afrique centrale et l’ONU ont déjà soutenu la transition tchadienne. Il est désormais crucial qu’elles réitèrent leur appel au dialogue et à la protection des libertés fondamentales pour éviter une nouvelle crise politique.

Quelles solutions pour le Tchad ?

Pour sortir de cette impasse, plusieurs mesures s’imposent. D’abord, un retour au dialogue entre le régime, l’opposition et la société civile est indispensable. Ensuite, le respect de la séparation des pouvoirs et l’indépendance de la justice doivent être garantis. Enfin, les forces de l’ordre doivent adopter une doctrine de maintien de l’ordre plus proportionnée et faire l’objet d’un contrôle accru par des autorités et des associations de défense des droits humains.

Sans ces avancées, le Tchad risque de s’enfermer dans un cycle de violence et d’autoritarisme, avec des conséquences dévastatrices pour sa stabilité et sa démocratie.