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Tchad : les dangers de la modification constitutionnelle sur la démocratie

Une révision constitutionnelle controversée au Tchad

Le Tchad s’engage sur une voie périlleuse avec la récente suppression de la limitation du nombre de mandats présidentiels. Cette décision, adoptée par les deux chambres du Parlement début octobre, renforce considérablement les pouvoirs du président Mahamat Idriss Déby, qui pourrait ainsi rester au pouvoir indéfiniment. Human Rights Watch alerte sur les conséquences désastreuses de cette réforme pour l’état de droit et les principes démocratiques.

Un recul démocratique majeur

Lewis Mudge, directeur pour l’Afrique centrale à Human Rights Watch, dénonce cette réforme : « En supprimant la limitation des mandats, les autorités tchadiennes ont affaibli un rempart essentiel contre l’autoritarisme ». Avec cette modification, les élections ne garantissent plus une alternance pacifique du pouvoir, un principe clé des démocraties. Le Mouvement patriotique du salut (MPS), majoritaire à l’Assemblée, a soutenu cette réforme, tandis que l’opposition a boycotté le vote, le qualifiant d’illégitime.

Une transition politique détournée

Depuis son arrivée au pouvoir en 2021, après la mort de son père Idriss Déby Itno, Mahamat Idriss Déby consolide son emprise sur le pays. La nouvelle Constitution supprime les garde-fous démocratiques et prolonge la durée des mandats de cinq à sept ans. Cette pratique, qualifiée de « coup d’État constitutionnel » par des experts, s’inscrit dans une tendance régionale inquiétante, où des dirigeants africains modifient les lois fondamentales pour rester au pouvoir.

Le Tchad, signataire de la Charte africaine de la démocratie, viole ainsi ses engagements internationaux. Cette Charte stipule que tout amendement constitutionnel portant atteinte à l’alternance démocratique est un « changement anticonstitutionnel » et doit être sanctionné. Pourtant, les autorités tchadiennes justifient ces changements par des arguments techniques, sans transparence ni consultation populaire.

Une répression croissante contre l’opposition

Les manifestations pacifiques sont systématiquement réprimées. En 2021, avant la mort d’Idriss Déby Itno, les forces de sécurité ont dispersé violemment des rassemblements de l’opposition à N’Djamena. Après le décès du président, l’armée a pris le contrôle du pays, promettant une transition démocratique avant de renforcer son emprise. En octobre 2022, des manifestations pour un retour à un régime civil ont été violemment réprimées, entraînant des arrestations massives et des transferts vers la prison de Koro Toro.

L’opposant Succès Masra, arrêté en mai 2025, a été condamné à 20 ans de prison pour des motifs politiques. Cette décision illustre l’étouffement des libertés et la criminalisation de l’opposition. Les autorités tchadiennes, au lieu de tirer des leçons de l’histoire, perpétuent un cycle d’autoritarisme.

Un retour en arrière historique

Cette suppression de la limitation des mandats n’est pas inédite au Tchad. Idriss Déby Itno avait déjà modifié la Constitution en 2005 pour supprimer cette limite, puis l’avait rétablie en 2018 avec une durée de mandat allongée à six ans. Son fils, Mahamat Idriss Déby, réitère le même schéma en 2025, soulignant l’usage répété de la manipulation constitutionnelle pour conserver le pouvoir.

Quelles solutions pour le Tchad ?

Human Rights Watch appelle les autorités à rétablir la limitation des mandats et à organiser des réformes constitutionnelles transparentes. Les dirigeants de l’opposition, qui ont boycotté le vote, réclament un référendum pour valider ces changements. En 2023, un référendum similaire avait mis fin au régime militaire, mais sans garantie d’inclusivité.

Les autorités doivent également cesser les poursuites politiques, libérer les prisonniers d’opinion comme Succès Masra, et respecter les libertés fondamentales. « La répression est devenue la norme au Tchad, et la Constitution elle-même est désormais un outil pour restreindre les droits des citoyens », déclare Lewis Mudge. Sans mécanisme crédible de transition démocratique, les institutions comme le Parlement ou la justice perdent leur capacité à contrôler le pouvoir exécutif.