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Tarifs télécoms au Mali : pourquoi les utilisateurs paient 15 fois plus cher qu’au Sénégal

Au Mali, les tarifs des services télécoms suscitent une frustration croissante parmi les usagers et les acteurs du numérique en Afrique de l’Ouest. Un abonné à Bamako reçoit, pour un même budget, une quantité de données mobiles bien inférieure à celle offerte à un utilisateur sénégalais. Cette différence, qui atteint jusqu’à quinze fois plus de données au Sénégal pour un prix équivalent, alimente les débats sur la régulation, la concurrence et l’accessibilité financière du numérique au sein de l’UEMOA.

Des écarts de prix qui interrogent la régulation au Mali

Les chiffres sont sans appel : avec un budget identique, un Malien obtient environ 1,5 gigaoctet de données mobiles, contre près de 25 gigaoctets pour un Sénégalais. Ces écarts tarifaires placent Bamako parmi les capitales où le coût du mégaoctet reste le plus élevé de la sous-région. Cette situation impacte directement l’inclusion numérique dans un pays où le mobile représente la principale voie d’accès à Internet pour une large partie de la population.

L’Autorité malienne de régulation des télécommunications (AMRTP) est souvent pointée du doigt pour son rôle dans cette situation. Avec un marché dominé par seulement deux opérateurs, Orange Mali et Malitel (filiale de Sotelma), la concurrence reste limitée. À l’inverse, le marché sénégalais, où évoluent Sonatel, Free et Expresso, bénéficie d’une intensité concurrentielle bien plus forte, ce qui permet de proposer des forfaits data plus généreux à des tarifs réduits.

Un marché segmenté et des coûts logistiques lourds

L’écart tarifaire entre les deux pays reflète des stratégies industrielles et des infrastructures distinctes. Le Sénégal a investi massivement dans une infrastructure fibre dense et un réseau national performant, réduisant ainsi les coûts de transport des données. Sonatel, soutenue par le groupe Orange, a joué un rôle clé dans cette transformation. Au Mali, l’enclavement géographique et la dépendance aux câbles sous-marins, principalement accostant à Dakar, Abidjan ou Nouakchott, renchérissent les coûts d’interconnexion internationale, facturés en devises fortes.

Si cette dépendance logistique explique en partie les différences de prix, elle ne suffit pas à justifier un écart aussi marqué. La faible concurrence entre les opérateurs, les redevances élevées imposées aux entreprises du secteur et l’absence d’un troisième acteur capable de bousculer le marché sont régulièrement pointées du doigt. Malgré les annonces répétées concernant l’attribution d’une nouvelle licence, aucun changement significatif n’a encore permis de dynamiser le secteur.

Pour les familles maliennes, les conséquences sont immédiates. Avec un revenu moyen inférieur à celui du Sénégal, allouer une part importante du budget à la connectivité limite l’adoption des usages numériques, qu’il s’agisse du mobile money ou des services publics en ligne. Les artisans, les commerçants et les étudiants sont particulièrement touchés, alors que la digitalisation des services administratifs figure parmi les priorités de l’exécutif en place.

Un enjeu de souveraineté numérique et de cohésion régionale

Le débat dépasse le cadre strictement commercial. Depuis le retrait du Mali de la CEDEAO et la création de l’Alliance des États du Sahel (AES) avec le Burkina Faso et le Niger, la question de la souveraineté numérique s’est imposée dans les discours officiels. Pourtant, sans un marché télécoms compétitif, cette ambition peine à se concrétiser. L’application inégale du roaming intra-AES, pourtant promis, illustre le fossé entre les promesses politiques et la réalité vécue par les consommateurs.

Le Sénégal, souvent présenté comme un modèle en matière de télécommunications en Afrique de l’Ouest, sert désormais de référence pour mettre en lumière les lacunes maliennes. Des voix issues de la société civile réclament un audit indépendant des tarifs pratiqués et une révision des cahiers des charges imposés aux opérateurs. Parmi les solutions envisagées figurent la régulation par la transparence des données, la publication d’indicateurs de qualité de service et l’ouverture du marché à un nouvel acteur capable de dynamiser la concurrence.

À terme, l’évolution des prix conditionnera l’inclusion numérique de millions de Maliens. Sans ajustement, l’écart avec Dakar risque de s’accentuer, alors que les besoins en bande passante, notamment pour le streaming et les paiements mobiles, ne cessent de croître. Une mobilisation accrue des utilisateurs pourrait inciter le régulateur à revoir prochainement la structure des offres proposées sur le marché.