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Analyses

Stratégie algérienne au Mali : quand le jihadisme sert les intérêts d’Alger

L’Algérie et le Mali : une relation géopolitique complexe

Une analyse des cartes géographiques révèle l’importance stratégique que représente le Mali pour l’Algérie. Le vaste désert saharien qui s’étend des deux côtés de la frontière abrite en effet des populations touarègues. Pour Alger, la priorité absolue consiste à empêcher l’émergence d’un État touareg indépendant dans le nord du Mali, en instrumentalisant les tensions locales pour mieux en contrôler les dynamiques.

Une obsession sécuritaire depuis plus de six décennies

Le Sahara et le Sahel constituent pour l’Algérie une zone de vigilance extrême. Toute instabilité dans cette région menace directement sa stabilité intérieure, notamment en raison des liens transfrontaliers entre les communautés touarègues des deux pays. Dès les années 1960, Alger a pris position dans cette zone : lors du premier conflit touareg malien (1963-1964), le président Ben Bella a autorisé l’armée malienne à poursuivre les rebelles jusqu’à 200 km à l’intérieur du territoire algérien, repoussant les limites de la répression jusqu’aux terres des Kel Adrar.

Les guerres touarègues : un levier algérien

L’histoire récente du Mali est marquée par une série de conflits touaregs où l’Algérie a systématiquement joué un rôle de médiation. En 1991, elle a orchestré les négociations entre le général Moussa Traoré et le MPA (Mouvement populaire de l’Azawad) dirigé par Iyad ag Ghali, aboutissant à l’Accord de Tamanrasset puis au Pacte national en 1992. Pourtant, la paix n’a jamais été durable.

En 2006, la troisième guerre touarègue éclata. Une fois encore, Alger imposa sa médiation, aboutissant aux Accords d’Alger en 2006 pour la région de Kidal. La quatrième guerre (2007-2009) vit quant à elle l’émergence d’Ibrahim Ag Bahanga, un rebelle blessé soigné en Algérie avant de trouver refuge en Libye où il périt en 2011.

L’Algérie et les jihadistes : une alliance contre nature

Depuis 2001, une stratégie subtile se dessine : officiellement combattus par les forces algériennes, certains groupes islamistes s’installent au Mali, en particulier dans les zones touarègues. Les services secrets algériens, via le DRS, leur fournissent même des armements. Pourquoi cette apparente contradiction ?

«En transformant le nord du Mali en foyer terroriste, l’Algérie a neutralisé la menace touarègue tout en se posant en rempart contre le jihadisme.»

Cette approche permet à Alger de poursuivre deux objectifs simultanés :

  • Éviter une contagion de l’instabilité vers ses propres régions touarègues, situées dans le sud du pays ;
  • Discréditer les revendications indépendantistes touarègues en les associant à des groupes armés terroristes, rendant toute négociation impossible.

Les accords d’Alger : une paix illusoire

En 2015, le Accord de paix et de réconciliation d’Alger fut signé pour mettre fin au conflit. Pourtant, les combats persistèrent, Bamako refusant de satisfaire les demandes territoriales des Touaregs. Cette situation a renforcé la position algérienne : en maintenant une zone instable au Mali, Alger justifie sa présence militaire et sécuritaire tout en éliminant toute possibilité d’autonomie pour l’Azawad.

Une stratégie à double tranchant

Cette politique, bien que risquée, a permis à l’Algérie de conserver une influence majeure au Mali. En transformant la région en zone de non-droit, elle a marginalisé le MNLA (Mouvement national de libération de l’Azawad), dont la victoire aurait pu inspirer ses propres Touaregs. Aujourd’hui, alors que les tensions persistent, cette stratégie révèle ses limites : le jihadisme, une fois libéré de tout contrôle, menace désormais de déborder sur l’ensemble de la région.

Pour Alger, le calcul reste le même : mieux vaut un Mali instable qu’un Mali souverain où les Touaregs pourraient revendiquer leur autonomie.