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Souveraineté du Sahel : l’alliance russe révèle un piège financier et sécuritaire pour les juntes

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Pourquoi l’indépendance affichée par les juntes coûte-t-elle aussi cher ?

Depuis 2021, le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont brandi la rupture avec l’Occident comme fondement de leur légitimité. Pourtant, loin de garantir une souveraineté réelle, l’alliance avec la Russie – à travers l’Africa Corps – transforme cette quête en un lourd fardeau financier et stratégique. Entre factures salées, dépendance militaire et recul sécuritaire, les régimes militaires paient cash les marges de manœuvre qu’ils pensaient avoir gagnées.

L’AES et la Russie : un marché sécuritaire où l purchaser est l’État

L’Alliance des États du Sahel (AES), née d’une charte signée en 2023, a officialisé cette stratégie de diversification des partenaires militaires. Contrairement au discours officiel, cette alliance avec Moscou ne libère pas les juntes de leurs contraintes : elle les expose à de nouvelles formes de dépendance, bien plus coûteuses que l’héritage colonial qu’elles dénonçaient.

À Bamako, Niamey et Ouagadougou, les budgets consacrés à la « protection » russe siphonnent des fonds publics déjà exsangues. Selon des estimations convergentes, le Mali a déboursé plus d’un milliard de dollars depuis 2021 pour financer des groupes armés privés devenus l’Africa Corps – une facture équivalente à 10 millions de dollars par mois. Une somme colossale pour un pays où l’éducation et la santé peinent à être financées.

Une sécurité payée rubis sur l’ongle, mais pour quel résultat ?

Les mercenaires russes, contrairement à leurs prédécesseurs français, ne se contentent pas de former les armées locales. Au Mali, ils interviennent en première ligne, assumant des missions à haut risque sans garantie de succès. Pourtant, malgré ce déploiement massif, les zones rurales du nord du pays échappent toujours au contrôle de l’État.

Des localités stratégiques comme Kidal, Tessalit ou Gao, autrefois reprises aux groupes djihadistes, sont aujourd’hui des épicentres de rebond terroriste. Les forces russes, malgré leur réputation de « contractuels » aguerris, peinent à inverser la tendance. Pire : leur retrait partiel de certaines zones en 2026 a accéléré le repli de l’armée malienne, confirmant l’illusion d’une souveraineté retrouvée.

Le Sahel à l’épreuve du protectorat russe : une souveraineté en trompe-l’œil

Les observateurs avertis le soulignent : la Russie ne reproduit pas le modèle colonial français, mais installe une tutelle plus insidieuse, économiquement étouffante et militairement inefficace. Les juntes ont échangé une dépendance contre une autre, sans en tirer les bénéfices escomptés.

Pour l’International Crisis Group, la souveraineté affichée par les régimes du Sahel est avant tout « politique et rhétorique ». Les juntes ont brisé les chaînes de l’ancienne puissance tutélaire, mais se retrouvent liées à un nouveau partenaire dont les exigences financières dépassent souvent les capacités locales. Quant à l’autonomie opérationnelle, elle reste un leurre : comment parler d’indépendance quand des mercenaires étrangers dictent les règles du jeu sur le terrain ?

D’autres fournisseurs, mêmes chaînes de dépendance

Malgré la diversification des partenariats militaires – vers la Turquie, l’Iran ou la Chine –, les juntes du Sahel restent prises dans un piège structurel. L’externalisation des combats à des acteurs étrangers maintient une vulnérabilité majeure : une fois ces forces parties, qui assurera la sécurité des populations ?

Ce schéma rappelle douloureusement les interventions de la guerre froide, où l’aide soviétique ou cubaine avait permis à certains régimes de survivre, mais au prix d’une dépendance totale. Quand cette aide s’est tarie, les fragilités des États africains sont devenues flagrantes. Aujourd’hui, l’histoire semble se répéter : une fois l’Africa Corps partie ou affaiblie, que restera-t-il aux juntes du Sahel ?

L’urgence d’une refonte stratégique : vers une défense nationale autonome ou un nouveau statu quo ?

Le défi pour les régimes militaires du Sahel n’est plus de rejeter l’Occident, mais de construire une défense nationale crédible. Pour cela, deux pistes s’offrent à eux :

  • Investir dans les forces locales : formation, équipement et renseignement doivent être prioritaires, sans dépendre d’acteurs extérieurs aux intérêts divergents.
  • Revoir les alliances asymétriques : un partenariat avec la Russie n’est pas en soi condamnable, mais son coût doit être évalué à l’aune des gains réels pour la population, pas seulement pour les juntes au pouvoir.

L’expérience des dernières années montre que les solutions « clés en main » séduisent par leur simplicité, mais échouent à résoudre les crises profondes. Dans le Sahel, l’heure n’est plus à la rupture médiatique, mais à la construction patiente d’institutions capables de protéger leurs citoyens – sans remplacer un maître par un autre.

Le choix est donc clair : ou bien les juntes acceptent de payer le prix réel de leur souveraineté en investissant massivement dans leurs armées, ou bien elles continueront à hypothéquer l’avenir de leurs pays au profit d’alliances aussi coûteuses qu’inefficaces.

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Alice Ntamag

Journaliste