Politique

Sénégal : tensions entre Diomaye Faye et Ousmane Sonko, l’opposition crie à la crise

Au Sénégal, les tensions entre le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko alimentent un débat politique intense. Abdou Mbow, figure de l’opposition et membre du groupe parlementaire Takku Wallu, dénonce une situation de « bras de fer politique » et une « crise institutionnelle ». Selon lui, les dissensions au sommet de l’État ne relèvent plus de simples divergences de fond, mais trahissent un conflit larvé entre deux centres de pouvoir.

Une dyarchie exécutive minée par les désaccords

Élus sur un programme commun en 2024, Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko incarnaient jusqu’alors une alliance politique forte, portée par le parti Pastef. Pourtant, les fissures se multiplient : le rythme des réformes, la gestion des dossiers judiciaires hérités du passé et la communication gouvernementale deviennent des sujets de discorde. Abdou Mbow y voit une stratégie délibérée de chaque camp pour imposer sa vision, notamment sur la question de la primauté politique de Ousmane Sonko, leader incontesté du Pastef et principal artisan des succès électoraux récents.

L’opposition exploite les failles du pouvoir

L’Alliance pour la République (APR), parti de l’ancien président Macky Sall, cherche à tirer profit de ces tensions. Après sa double défaite électorale, elle tente de se repositionner comme garant de la stabilité institutionnelle. Le groupe Takku Wallu, principal pôle d’opposition à l’Assemblée nationale, multiplie les interventions pour transformer les désaccords internes en menace pour l’équilibre des institutions. En évoquant une « crise institutionnelle », Abdou Mbow dépasse le cadre partisan : il interroge la lisibilité de l’action publique, cruciale pour des enjeux majeurs comme la renégociation des contrats miniers, la relance économique ou la mise en œuvre de l’Agenda Sénégal 2050.

Des divergences qui fragilisent la gouvernance économique

Le contexte économique aggrave la sensibilité de la situation. Les audits récemment réalisés révèlent un endettement public bien supérieur aux estimations officielles, plaçant Dakar dans une position délicate face au Fonds monétaire international. La gestion de cette dette, couplée à la révision des cadres fiscaux des hydrocarbures, exige une unité de commandement sans ambiguïté. Pourtant, des désaccords récents entre l’entourage présidentiel et celui du Premier ministre ont émergé : Ousmane Sonko affiche parfois une posture offensive envers certains acteurs économiques ou médiatiques, tandis que Bassirou Diomaye Faye adopte une approche plus institutionnelle. Cette répartition, autrefois perçue comme complémentaire, devient un argument politique pour l’opposition.

Pour l’heure, ni la présidence ni la primature n’ont reconnu ouvertement ces tensions. Le gouvernement maintient une façade d’unité lors des réunions officielles. Les déclarations de Abdou Mbow s’inscrivent ainsi dans une bataille de perception : l’APR tente de convaincre l’opinion d’un exécutif divisé, tandis que le Pastef défend une coordination maîtrisée entre deux figures complémentaires.

L’enjeu est de taille pour le Sénégal. La crédibilité du duo exécutif conditionne la confiance des partenaires internationaux et des investisseurs, alors que le pays négocie des accords financiers majeurs et structure ses recettes issues des champs GTA et Sangomar.

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