
Retour à la can bisannuelle : la caf sacrifie l’audace économique pour préserver l’essentiel
La Coupe d’Afrique des nations (CAN) ne passera pas à un rythme quadriennal comme envisagé initialement. La Confédération africaine de football (CAF) a finalement renoncé à son projet pharaonique après moins d’un an d’expérimentation, rétablissant dès 2027 le format biennal qui fait la force de la compétition. Cette volte-face ne doit rien au hasard : elle répond à des enjeux financiers cruciaux et à l’impossibilité de trouver une alternative viable à la manne générée par la CAN.
Une réforme aux conséquences financières immédiates
En décembre 2025, la CAN s’apprêtait à basculer vers un cycle de quatre ans à partir de 2028, une décision présentée comme une révolution calendaire pour le football africain. Pourtant, dès octobre 2026, la CAF a dû faire machine arrière, confrontée à la réalité des chiffres. La CAN représente aujourd’hui 80 % des recettes annuelles de la Confédération, un modèle économique que le passage à un rythme quadriennal aurait fragilisé durablement.
Le risque était double : d’une part, espacer les éditions de la CAN aurait réduit drastiquement les revenus des sponsors, diffuseurs et partenaires. D’autre part, la future Ligue des Nations africaine, censée combler ce vide, n’avait pas encore démontré sa capacité à générer des recettes comparables, malgré son ambition affichée.
Pourquoi la Ligue des Nations africaine n’a pas tenu ses promesses
Le projet de Ligue des Nations africaine devait s’imposer comme le nouvel eldorado commercial du football continental, avec une périodicité bisannuelle. Pourtant, son attractivité reste à prouver. Contrairement à la CAN, qui bénéficie d’un héritage historique, d’une audience planétaire et d’un engagement massif des supporters, cette nouvelle compétition part de zéro.
- Manque de visibilité : aucun grand sponsor n’a encore signé pour garantir sa rentabilité à moyen terme.
- Difficulté à séduire les diffuseurs : les droits télévisuels, pierre angulaire des revenus des compétitions, peinent à trouver preneurs dans un paysage déjà saturé.
- Concurrence avec d’autres rendez-vous : le calendrier international, déjà complexe, laisse peu de place à une nouvelle compétition sans perturber les équilibres existants.
Les fédérations africaines, premières victimes d’un changement mal maîtrisé
Derrière les calculs économiques se cachent des réalités bien concrètes : les recettes de la CAN financent en grande partie les fédérations nationales. Réduire sa fréquence aurait pu asphyxier des structures déjà fragiles, privées de leurs principales sources de revenus.
En rétablissant le format bisannuel, la CAF protège ainsi non seulement ses propres intérêts financiers, mais aussi l’écosystème du football africain dans son ensemble. Pour Patrice Motsepe, président de l’instance, cette décision est un impératif de stabilité : « Nous ne pouvons pas nous permettre de prendre des risques inconsidérés avec l’avenir de notre football », a-t-il déclaré.
Le calendrier international, un casse-tête persistant
Le football africain n’est pas le seul concerné par les ajustements calendaires. La FIFA impose des contraintes croissantes aux compétitions continentales, tandis que les clubs européens exigent la disponibilité de leurs joueurs africains pendant les fenêtres internationales. La CAF a dû composer avec ces exigences en adoptant un nouveau calendrier :
- CAN 2027 : Maroc
- CAN 2028 : ?
- CAN 2029 : La période reste à confirmer
- CAN 2031 : ?
- CAN 2033 : ?
L’absence d’édition en 2030 s’explique par la Coupe du monde prévue cette année-là, évitant ainsi un chevauchement dommageable. Ce compromis montre que la CAF reste sous pression, même après son recul.
Un retour au pragmatisme, mais pas à l’immobilisme
En abandonnant son projet quadriennal, la CAF ne renonce pas à moderniser son modèle, mais elle reconnaît que la CAN reste son joyau intouchable. La priorité est désormais de renforcer l’organisation de la compétition historique, d’optimiser ses retombées économiques et de sécuriser son calendrier.
Pour les 54 fédérations africaines, cette décision est une bouffée d’oxygène : leurs budgets dépendent directement des revenus générés par la CAN. Quant aux joueurs africains évoluant à l’étranger, ils conservent un rendez-vous continental majeur tous les deux ans, évitant une rupture avec leurs clubs.
Reste en suspens une question majeure : comment augmenter les retombées de la CAN sans alourdir davantage le calendrier ? La CAF devra innover, peut-être en renforçant son partenariat avec les diffuseurs ou en diversifiant ses sources de revenus, tout en préservant l’essentiel : une compétition à la hauteur de l’Afrique.