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Restrictions des libertés au Burkina Faso : un climat de tension s’installe

restrictions des libertés au Burkina Faso : un climat de tension s’installe

Rencontre entre Vladimir Poutine et Ibrahim Traoré lors d'un événement international

L’interpellation surprise d’un imam influent au Burkina Faso, la veille de la fête de Tabaski, a jeté une ombre sur les célébrations. L’imam Mohamed Ishaq Kindo, figure religieuse respectée, a été arrêté sans explication claire, déclenchant une vague de réactions. La Fédération des associations islamiques (Faib) a immédiatement appelé au calme, tout en rappelant l’importance du respect des institutions.

Des témoins, dont certains ont requis l’anonymat, rapportent que l’imam a été appréhendé mardi en début d’après-midi par des forces combinées de police et de militaires. Des fidèles, refusant cette arrestation, se sont interposés, entraînant des échauffourées et plusieurs blessés. L’affaire survient dans un contexte déjà tendu autour d’un projet de loi controversé sur les libertés religieuses.

Ce texte, qui vise à réaffirmer la laïcité de l’État et à encadrer les lieux de culte dans les services publics, suscite de vives critiques. Des associations musulmanes exigent son retrait, dénonçant une ingérence dans leurs pratiques. Parallèlement, un message audio de l’imam Kindo, diffusé depuis quelques jours, interpelle les autorités : « elles devraient davantage s’interroger sur la portée de leurs décisions avant d’agir. »

Quelques heures après son arrestation, une manifestation de soutien à Ouagadougou a été dispersée par des gaz lacrymogènes. Cette situation n’est pas isolée : fin mars, l’imam Mahmoud Barro avait également disparu après avoir critiqué ce même projet de loi.

Autre signe d’un durcissement, l’Union générale des étudiants burkinabè (Ugeb) a été suspendue pour une durée de trois mois, renouvelable, sous l’accusation d’« apologie du terrorisme ». Le syndicat est notamment visé pour une publication dénonçant « l’incapacité manifeste des autorités à garantir la sécurité et à tenir leurs promesses. »

l’Ugeb et les libertés fondamentales sous le feu des critiques

Human Rights Watch (HRW) rappelle le rôle historique de l’Ugeb, fondée en 1960, dans la défense des droits des étudiants et son engagement pour la transparence et la justice sociale. L’organisation décrit le syndicat comme « une voix essentielle dans les combats pour l’équité. »

Un procureur de Ouagadougou a annoncé l’ouverture d’une enquête contre les auteurs de la publication incriminée. Pour un Burkinabè en exil cité par HRW, cette affaire illustre une tendance inquiétante : « la justice devient de plus en plus soumise aux priorités politiques et sécuritaires de la junte. »

L’ONG exhorte les autorités à abandonner les sanctions contre l’Ugeb et à « cesser de museler les voix indépendantes et les libertés fondamentales. » Selon HRW, « étouffer la contestation étudiante ne fera qu’aggraver la crise de gouvernance et la menace terroriste qui pèse sur le pays. »

Il y a un mois, la FIDH avait également appelé les autorités burkinabè à « préserver les droits et libertés de tous les citoyens. » Pourtant, force est de constater que la répression s’intensifie. La peur s’installe progressivement dans la société burkinabè, au point que les journalistes peinent à recueillir des témoignages. Malgré tout, la contestation persiste, se manifestant discrètement sur les réseaux sociaux et dans l’intimité des foyers.