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Actualités du Burkina Faso : politique, sécurité, économie et société, sans compromis éditoriaux.

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Répression militaire en afrique de l’ouest : l’arme des disparitions forcées

Dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, notamment au Mali, en Guinée, au Burkina Faso et au Niger, les régimes militaires utilisent des méthodes répressives brutales pour museler toute opposition. Parmi ces pratiques, les disparitions forcées et les détentions arbitraires se multiplient, comme le révèle le dernier rapport d’Amnesty International.

Deux militants guinéens, Mamadou Billo Bah et Oumar Sylla, alias « Foniké Menguè », membres du Front National pour la Défense de la Constitution, ont été enlevés le 8 juillet 2024 à Conakry. Leur domicile a été perquisitionné la veille d’une mobilisation contre la vie chère et la restauration de l’ordre constitutionnel. Selon le témoignage de Mohamed Cissé, un autre militant libéré après deux jours de détention avec des blessures graves, ils auraient été conduits vers un lieu de détention secret situé dans les îles de Loos. Les autorités démentent toute implication dans leur disparition, et leur sort reste inconnu à ce jour. Le pire peut survenir dans ce genre de situation, où les victimes sont totalement livrées à elles-mêmes, sans aucun recours.

Une stratégie pour instiller la terreur au sein de la société civile

Les forces de l’ordre et les services de sécurité de ces régimes ciblent systématiquement les membres de la société civile qui osent contester le pouvoir en place. Journalistes, avocats, magistrats, activistes et défenseurs des droits humains sont régulièrement victimes d’enlèvements, que ce soit dans la rue, à leur domicile ou sur leur lieu de travail. Ces arrestations, souvent réalisées par des hommes armés – parfois en civil – se déroulent sans mandat ni procédure légale. Les victimes sont généralement transportées dans des véhicules banalisés, les yeux bandés, avant d’être détenues dans des lieux non officiels, comme des bureaux de services de sécurité. Leur calvaire peut durer des jours, des semaines, voire des mois, sans aucun contact avec l’extérieur.

Ces pratiques illégales visent à semer la peur et à étouffer toute velléité de contestation. Les familles des disparus et leurs avocats sont maintenus dans l’ignorance totale, et les autorités nient systématiquement toute implication. Le but est clair : faire régner un climat d’insécurité et de silence forcé parmi ceux qui pourraient s’opposer aux juntes militaires.

La liste des victimes s’allonge sans discontinuer

Au Burkina Faso, l’avocat et cofondateur du mouvement Balai Citoyen, Guy Hervé Kam, a été détenu illégalement pendant cinq mois en 2024. Cinq autres membres du bureau du mouvement Sens, qui avaient dénoncé des massacres de civils, ont été enlevés en mars 2025 par des hommes en civil se faisant passer pour des forces de sécurité. Aucune information n’a été communiquée par les autorités malgré les demandes du mouvement. Quatre journalistes, dont Serge Oulon, Adama Bayala, Kalifara Séré et Alain Traoré (surnommé « Alain Alain »), ont également été enlevés entre juin et juillet 2024. En octobre 2024, les autorités ont finalement annoncé que les trois premiers avaient été enrôlés dans l’armée via un décret de mobilisation générale, tandis que le sort du quatrième reste inconnu.

Au Niger, la journaliste et blogueuse Samira Sabou a disparu pendant une semaine en septembre 2023 après son arrestation à son domicile. Quant à Moussa Tchangari, secrétaire général de l’organisation Alternatives Espaces Citoyens, ses avocats n’ont pu connaître son lieu de détention que deux jours après son arrestation, une fois transféré dans les locaux de la police.

Au Mali, Ibrahim Nabi Togola, président de l’opposition du parti Nouvelle Vision pour le Mali, a été enlevé en décembre 2024 par des éléments présumés des services de sécurité. Libéré après 45 jours de détention, son cas illustre la brutalité de ces pratiques. En Guinée, le journaliste Habib Marouane Camara a été enlevé le 3 décembre 2024 par des hommes identifiés comme gendarmes par des témoins. Depuis, ses proches n’ont plus aucune nouvelle de lui.

L’État de droit menacé par l’arbitraire des juntes

Les disparitions forcées et détentions arbitraires débouchent souvent sur une procédure judiciaire truquée, où les victimes sont transférées aux forces de police. Dans certains cas, comme au Burkina Faso, les détenus sont même enrôlés de force dans l’armée, parfois pour être envoyés au front face aux groupes armés. C’est ce qui est arrivé à Guézouma Sanogo et Boukari Ouoba, respectivement président et vice-président de l’Association des journalistes du Burkina Faso, ainsi qu’au journaliste Luc Pagbelguem de la chaîne BF1. Après une semaine sans nouvelles, une vidéo les montrant en tenue militaire a circulé sur les réseaux sociaux.

Face à ces agissements, la justice joue un rôle clé pour tenter de préserver l’État de droit. Au Burkina Faso, plusieurs magistrats ont ordonné la libération immédiate de Guy Hervé Kam. En Guinée, le barreau a boycotté les audiences pendant plusieurs jours pour réclamer la libération d’Oumar Sylla et de Mamadou Billo Bah. Des tribunaux au Mali et au Niger ont également dénoncé des détentions arbitraires. Pourtant, ces actes de résistance ont valu à certains magistrats de devenir des cibles : au moins cinq juges burkinabè ont été enrôlés de force dans l’armée en 2024 après avoir travaillé sur des affaires impliquant les autorités ou leurs soutiens.

Malgré les pressions croissantes, la justice doit continuer à se dresser contre ces pratiques illégales. Un soutien accru de la communauté internationale est indispensable pour protéger les acteurs judiciaires et préserver les droits fondamentaux. La survie de l’État de droit, et peut-être celle des nombreuses personnes toujours portées disparues, en dépend.