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Réfugiés maliens en Mauritanie : entre espoir de retour et peur d’un nouvel exode

Réfugiés maliens près d’un point d’eau dans un camp de fortune situé près de Doueinkara, à la frontière entre la Mauritanie et le Mali, fin avril 2026.

« Si les mercenaires russes quittent le Mali, nous rentrerons chez nous » : c’est le message que porte Mosso*, un réfugié touareg ayant fui la région de Mopti, dans le centre du Mali, après avoir été témoin des exactions commises par les paramilitaires russes désormais regroupés sous le nom d’Africa Corps. Son espoir repose sur les récentes attaques menées contre la junte malienne par les indépendantistes du Front de libération de l’Azawad (FLA) et les jihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim), affilié à Al-Qaïda. Ces offensives ont causé des pertes significatives au sein des forces armées maliennes, notamment la mort du ministre de la Défense.

En Mauritanie, dans la zone frontalière de Fassala, les souvenirs des agissements de ces groupes armés étrangers restent vifs. Les populations locales désignent encore ces mercenaires sous l’appellation « Wagner », référence à l’ancienne milice russe désormais intégrée à l’Africa Corps, qui soutient militairement Bamako depuis le départ des forces françaises du Sahel.

« Goïta a fait appel à Wagner » : un sentiment d’abandon et de colère

Sous une tente de fortune, Mosso, 57 ans, exprime sa colère envers le colonel Assimi Goïta, chef de la junte malienne. « C’est lui qui a fait venir ces Russes chez nous », déclare-t-il avec amertume. Cet éleveur a fui son campement après l’enlèvement d’hommes par des paramilitaires blancs, qu’il identifie comme des membres de l’Africa Corps. Il raconte avoir perdu son propre frère, tué sous ses yeux par ces mercenaires il y a un an, devant son fils alors âgé de 14 ans.

Les exactions commises par l’armée malienne et ses alliés russes, ainsi que par les groupes jihadistes, visent régulièrement les civils, souvent accusés de collusion avec l’un ou l’autre camp. Le 20 avril, trois organisations de défense des droits humains, dont la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), ont porté plainte devant la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples pour violations présumées des droits fondamentaux au Mali, impliquant les forces armées locales et les mercenaires de Wagner.

Des images de départ des Russes à Kidal qui suscitent l’espoir

La diffusion d’images montrant un convoi de paramilitaires russes quittant Kidal, ville stratégique du Nord malien reprise par la rébellion touareg fin avril, a ravivé un espoir prudent chez les réfugiés. Environ 300 000 Maliens ont trouvé asile dans la région mauritanienne du Hodh Chargui depuis le début du conflit en 2012. Parmi eux, 120 000 résident dans le camp de Mbera, où les violences perpétrées par tous les belligérants ont poussé des milliers de familles à fuir.

Ahmed*, 35 ans, un autre réfugié touareg, partage ce désir de retour. « Je veux la paix et rentrer chez moi », affirme-t-il. Mais il critique aussi les militaires au pouvoir, qu’il accuse d’avoir « amené tous les problèmes dans le pays ». « C’est à cause de Wagner que tout le monde est ici », ajoute-t-il, évoquant l’amalgame opéré par l’armée et ses alliés russes entre civils et groupes armés.

Une alliance controversée entre le FLA et le Jnim

Abdallah*, un réfugié touareg de 77 ans, affiche un visage sceptique face à l’alliance récente entre le FLA et le Jnim. « Je ne suis pas content que le FLA ait repris Kidal », confie-t-il. Pour lui, cette union est une erreur : « Le Jnim est un mouvement terroriste. Leurs objectifs ne correspondent pas à notre vision de l’islam, pacifique et modéré ».

Les blocus imposés par le Jnim depuis octobre 2025 dans plusieurs localités du Mali ont provoqué l’arrivée de près de 14 000 nouveaux réfugiés en Mauritanie, majoritairement des femmes et des enfants, selon les chiffres du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).

La Mauritanie sous pression face à l’afflux de réfugiés

Les combats récents au Mali font craindre aux acteurs humanitaires une nouvelle vague de déplacés. « Nous suivons la situation avec une grande inquiétude », déclare Omar Doukali, porte-parole du HCR en Mauritanie. Ce pays, réputé pour sa stabilité dans une région sahélienne en proie aux violences jihadistes, subit désormais des tensions accrues. « Les pâturages, les ressources en eau et les services de base, y compris la santé, sont sous pression », explique Cheikhna Ould Abdallahi, maire de Fassala, où 70 000 réfugiés ont trouvé refuge.

Le FLA a annoncé son intention de s’emparer des grandes villes du Nord malien et prône la chute de la junte. Tilleli*, 22 ans, mère d’une fillette d’un an, raconte sa fuite d’un village de la région de Mopti, incendié et pillé par l’armée et les paramilitaires russes. « Je ne rentrerai que si les Wagner quittent le Mali », affirme-t-elle. « Je n’ai plus d’espoir en une paix rapide », conclut-elle avec résignation.