Récolte d’anacardes en baisse dans le nord-est ivoirien
En Côte d’Ivoire, la commercialisation de l’anacarde bat son plein, avec une production attendue cette année autour d’un million trois cent mille tonnes. Malgré une tendance haussière ces dernières années, le Conseil Coton Anacarde anticipe une baisse de 200 000 tonnes par rapport à 2025. Cette diminution s’explique notamment par des conditions climatiques défavorables dans certaines régions, à l’image du Bounkani, situé au nord-est du pays.
Sur le terrain, les témoignages des producteurs confirment cette année noire. Kouamé Ouattara, cultivateur à Bouna, témoigne : « Il y a trois ans, je récoltais jusqu’à 500 kg par hectare. Cette saison, je n’ai même pas rempli deux sacs sur mes trois hectares ». Selon lui, le retard des pluies entre octobre et février a compromis la floraison des arbres. « Sans floraison en temps voulu, il faut attendre l’année suivante. La campagne est donc perdue », explique-t-il avec amertume.
Les apiculteurs subissent également les conséquences de cette contre-performance. Koffi Ouattara, président de l’association des apiculteurs de Koflangué, constate une baisse drastique de sa production : « L’an dernier, nous avions récolté 100 litres de miel. Cette année, seulement 30 litres. C’est une véritable perte pour nos familles ». Les abeilles, qui pollinisent les anacardiers, peinent à trouver suffisamment de ressources florales.
Des pratiques culturales à revoir pour sauver la filière
Au-delà des aléas climatiques, les spécialistes pointent du doigt des méthodes de culture inadaptées. Le Dr Sibirina Soro, enseignant-chercheur à l’université de Daloa et coordonnateur du projet national de recherche sur l’anacardier, alerte : « La densité excessive des vergers est un problème majeur. Beaucoup de plantations ressemblent à des forêts, avec des arbres trop serrés. La densité recommandée est de 100 pieds par hectare ».
Ce chercheur insiste sur la nécessité de réhabiliter les vergers existants et d’accompagner davantage les producteurs. « En Côte d’Ivoire, les cultivateurs d’anacarde n’utilisent pas de pesticides chimiques. Ils sont donc particulièrement vulnérables aux mauvaises récoltes », souligne-t-il. Des formations annuelles sont organisées pour lutter contre les insectes ravageurs, mais leur impact reste limité sans un suivi technique renforcé.