Réchauffement diplomatique entre le Mali et l’Algérie : quelles perspectives pour le Sahel ?
Rapprochement historique entre Bamako et Alger : un tournant pour le Sahel ?
Les relations entre le Mali et l’Algérie connaissent un regain d’intérêt après des mois de tensions diplomatiques. Cette détente, perçue comme un soulagement par Bamako, marque un virage dans les échanges bilatéraux entre les deux pays qui partagent une frontière de plus de 1 300 kilomètres.
Ce rapprochement intervient après un incident majeur en mars 2025 : l’abattage d’un drone malien près de Tinzawatene, à la frontière algérienne, avait alors envenimé les relations. Le Mali avait saisi la Cour internationale de justice, accusant l’Algérie d’‘ingérences et de soutien à des groupes armés’.
La crise s’était encore aggravée en janvier 2024, lorsque les autorités maliennes avaient dénoncé l’accord de paix issu du processus d’Alger de 2015. Bamako avait alors privilégié une approche militaire pour reprendre le contrôle du nord du pays, notamment la région de Kidal.
Les reproches envers l’Algérie s’étaient multipliés : accueil d’ex-rebelles de Kidal et de l’imam Mahmoud Dicko, figure opposée à l’élite militaire au pouvoir. Pourtant, malgré ces tensions, les liens historiques entre les deux nations restent profondément ancrés.
Des racines historiques et économiques indéniables
Boubacar Mahamane Maiga, membre du collectif Une voix pour Tombouctou, souligne l’importance de ces relations :
« Nos échanges remontent à des siècles. L’Algérie est bien plus qu’un partenaire : c’est un frère, un poumon économique pour Tombouctou. Les routes caravanières transsahariennes passaient par Alger, et des produits comme le Tawabel, un oignon emblématique de Tombouctou, viennent directement de la région du Touat, en Algérie. »
Ces échanges traditionnels illustrent la nécessité d’une coopération renforcée, surtout dans un contexte où la sécurité régionale est menacée.
Un espoir pour la stabilité au Sahel
Kaou Abdrahamane Diallo, analyste politique, voit dans ce dégel une opportunité majeure :
« Le Mali ne peut plus se permettre des frontières poreuses ou une instabilité chronique au nord. Nous espérons que cette réconciliation permettra de rétablir des relations apaisées avec l’Algérie, un pays frère qui a toujours soutenu le Mali. La stabilité de la région en dépend. »
Derrière cette détente, une médiation russe aurait joué un rôle clé. Moscou aurait œuvré pour préserver l’entente entre ses alliés africains, soulignant l’importance de la stabilité au Sahel.