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RDC : l’armée burundaise face à de nouvelles pertes au Sud-Kivu

Fizi, 9 juillet 2026 — L’intensification des affrontements dans les hauts plateaux du Sud-Kivu suscite de vives inquiétudes. Des informations locales font état de frappes de drones ayant ciblé des renforts de la Force de défense nationale du Burundi (FDNB) dans le territoire de Fizi. Bien que ces allégations n’aient pas été confirmées officiellement, elles surviennent alors que les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), la FDNB et les miliciens Wazalendo subissent des revers militaires face aux combattants de Twirwaneho, qui seraient alliés à l’Alliance Fleuve Congo (AFC)/M23. Ces événements ravivent les interrogations sur le coût humain de l’intervention militaire burundaise en République démocratique du Congo, où plus de 29 000 soldats ont été déployés entre août 2022 et décembre 2025.

Dans le territoire de Fizi, au Sud-Kivu, des sources locales rapportent que trois véhicules transportant des munitions et des militaires burundais auraient été la cible de drones à Mulima au cours de la semaine passée.

Ces mêmes sources affirment que plusieurs soldats auraient péri, dont un colonel et un major de la FDNB. Cependant, aucun bilan officiel n’a été communiqué et il n’a pas été possible de vérifier ces informations de manière indépendante.

Par ailleurs, une embarcation transportant des militaires aurait été bombardée sur le lac Tanganyika, au large de la péninsule d’Ubwari. Ce navire acheminait des renforts vers les secteurs de Baraka, Fizi et les hauts plateaux de Minembwe.

Ces renforts étaient, selon les témoignages, cruciaux pour soutenir les positions des FARDC, de la FDNB et des miliciens Wazalendo. Leur déploiement faisait suite à la perte de plusieurs localités stratégiques, notamment Point Zéro, Kakenge, Rubemba, Mikenge et Kalongi, attribuée aux combattants Twirwaneho, en coalition avec l’AFC/M23.

Recul tactique sur le terrain

Des sources locales indiquent également que des contingents des FARDC et de la FDNB se sont retirés des secteurs de Rugezi, Kakenge et Point Zéro pour se repositionner vers Mukera. D’autres unités auraient pris la direction de Misisi, en route vers la province du Tanganyika, dans le sud-est de la RDC.

Après plusieurs jours d’intenses combats, une accalmie relative semble s’installer dans la région de Minembwe. Des habitants déplacés ont commencé à regagner leurs foyers. Sur les réseaux sociaux, des membres de la communauté Banyamulenge ont diffusé des images montrant une reprise progressive de la vie dans certaines zones désormais sous le contrôle de Twirwaneho/AFC-M23. La vérification indépendante de ces images n’a pas été réalisable.

Arrivée des premiers militaires burundais à l’aéroport de Goma, chef-lieu de la province du Nord-Kivu, à l’est de la RDC. Ce site stratégique a été repris par les rebelles du M23 en janvier 2025. © SOS Médias Burundi

Le coût humain de l’engagement burundais

Le bilan précis des militaires burundais tués lors des récents combats reste indéterminé. Néanmoins, ces informations mettent en lumière les pertes significatives déjà essuyées par la FDNB depuis le début de son déploiement dans l’est de la RDC.

Avant la chute de Goma, capitale du Nord-Kivu, plusieurs soldats burundais avaient perdu la vie, dont un major, alors l’officier burundais de plus haut rang tombé sur ce théâtre d’opérations. En décembre 2025, lors des affrontements dans la plaine de la Rusizi, au Sud-Kivu, la FDNB avait également enregistré la perte d’un colonel, le plus gradé des officiers burundais décédés au combat depuis le début de l’intervention au Congo.

Suite au retrait de l’AFC/M23 d’Uvira et de la plaine de la Rusizi, notamment grâce à des pressions diplomatiques américaines, les autorités burundaises avaient procédé à de nouveaux redéploiements pour renforcer les unités présentes sur le front.

Depuis février dernier, la FDNB, les FARDC et les miliciens Wazalendo avaient bénéficié d’importants renforts en hommes et en matériel, ce qui leur avait permis de contenir pendant plusieurs mois les offensives de Twirwaneho et de l’AFC/M23. Les événements rapportés cette semaine pourraient toutefois marquer un nouveau tournant dans l’équilibre des forces au Sud-Kivu.

Le général-major Ignace Sibomana, responsable de la Force de réserve et d’appui au développement (FRAD), et le colonel Grégoire Rivuzimana, aide de camp du chef d’état-major général de l’armée burundaise, le général Prime Niyongabo, lors d’une opération de sécurisation des déplacements d’officiels congolais dans le Sud-Kivu, en septembre 2025. ©SOS Médias Burundi

Un contingent de plus de 29 000 soldats

Selon un rapport interne émanant du ministère congolais de l’Intérieur et de la Sécurité, plus de 29 000 militaires burundais ont été déployés dans l’est de la RDC entre août 2022 et décembre 2025. Ce déploiement s’inscrit dans le cadre d’un accord militaire bilatéral entre Kinshasa et Gitega.

Le président burundais Évariste Ndayishimiye a maintes fois justifié cette intervention. Il a notamment déclaré qu’il était « normal » que des militaires burundais perdent la vie en RDC, ayant choisi ce métier. Il a également invoqué un proverbe kirundi, soulignant l’importance d’aider son voisin à éteindre l’incendie de sa maison avant qu’il ne se propage à la sienne.

Une complexité régionale aux multiples facettes

L’armée burundaise opère aux côtés des FARDC et des miliciens Wazalendo dans la lutte contre l’AFC/M23. Kinshasa accuse le Rwanda de soutenir cette coalition politico-militaire, une allégation que Kigali rejette. Un rapport d’experts des Nations unies publié en décembre 2025 avait pourtant fait état de la présence de 5 000 à 7 000 militaires rwandais aux côtés de l’AFC/M23.

Le Rwanda, de son côté, accuse la RDC et le Burundi de collaborer avec les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé hutu rwandais dont certains membres sont impliqués dans le génocide des Tutsis de 1994. Les autorités congolaises réfutent cette accusation, tandis que Gitega estime que Kigali instrumentalise la question des FDLR pour justifier sa propre ingérence dans l’est de la RDC.

À l’heure actuelle, ni les FARDC, ni la FDNB, ni les responsables de l’AFC/M23 n’ont commenté les informations concernant les présumées frappes de drones contre les renforts burundais dans le territoire de Fizi.