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Procès martinez zogo vidéo torture révélée à Yaoundé

Le procès de l’assassinat de Martinez Zogo, célèbre animateur de radio camerounais retrouvé mort en janvier 2023 après une disparition brutale, a marqué un tournant ce jour avec la projection d’une vidéo inédite lors de l’audience tenue au tribunal militaire de Yaoundé. Ces images, jamais diffusées auparavant, révèlent l’animateur dans un état de grande souffrance, appelant à l’aide alors qu’il est visiblement torturé.

Ce lundi, la salle d’audience était sous le choc après la diffusion de cette séquence filmée dans des circonstances troubles. Les captures d’écran et la vidéo, extraites des données d’un des accusés, ont été analysées et présentées pour la première fois devant les juges et le public.

Une séance d’audience chargée d’émotion

L’expertise informatique du professeur Georges Bell Bitjocka, spécialiste en analyse de données numériques, a joué un rôle clé dans la découverte de ces éléments. Ses investigations sur les téléphones des prévenus ont permis de mettre au jour des preuves accablantes, dont cette vidéo glaçante où Martinez Zogo, les bras liés, arbore une entaille à l’oreille et un visage ensanglanté.

Dans la salle, l’impact a été immédiat. Plusieurs personnes, dont l’avocat de la radio Amplitudes FM, Ludovic Zabze, ont témoigné de leur émotion intense. « Juste à la fin de la vidéo, j’ai tourné la tête. J’ai regardé les accusés et eux-mêmes étaient abattus. C’était d’une violence inouïe. » Ces mots résument l’atmosphère pesante qui a régné ce jour-là.

Les révélations du téléphone d’un accusé

Les investigations ont permis de retracer le parcours de cette vidéo macabre. Elle a été retrouvée dans le compte Google de Godje Oumarou, l’un des membres du commando accusé d’avoir enlevé et exécuté l’animateur. Cette découverte éclaire d’un jour nouveau les méthodes employées par les auteurs présumés.

Les échanges entre les accusés, notamment ceux du 17 janvier 2023, ont également été analysés. Une conversation révèlent des ordres troublants : Justin Danwe, ancien responsable des opérations à la Direction générale de la Recherche extérieure (DGRE), aurait ordonné à un complice de « prendre les images de la souris », une expression codée désignant Martinez Zogo.

Les réactions des avocats et des accusés

Les défenseurs des prévenus n’ont pas manqué de réagir à ces nouvelles preuves. Maître Séri Zokou, avocat de Maxime Eko Eko, ancien directeur général de la DGRE, a tenté de minimiser le lien de son client avec les faits : « Aucun lien quelconque avec les éléments présentés. Concernant le téléphone, les données ont été transmises à la commission d’enquête puis au juge, sans rien impliquer de mon client. »

À l’inverse, maître Calvin Job, représentant les ayants droit de Martinez Zogo, a salué la force de ces preuves : « Si le tribunal s’appuie sur ce rapport, il aura déjà accompli 98 % de sa mission. »

Les grandes étapes de l’affaire Martinez Zogo

Martinez Zogo, de son vrai nom Arsène Salomon Mbani Zogo, animait chaque matin une émission percutante sur les ondes de la radio Amplitudes FM. Ses prises de parole, souvent virulentes, dénonçaient les dysfonctionnements de la société camerounaise et les agissements des puissants, à l’exception du président Paul Biya, qu’il respectait publiquement.

Enlevé le 17 janvier 2023 en soirée, son corps a été découvert cinq jours plus tard, nu, sur un terrain situé à une vingtaine de kilomètres de Yaoundé. Les expertises ont révélé des traces de sévices et de torture, confirmant les pires craintes sur les circonstances de sa mort.

L’enquête, dirigée par le colonel-magistrat Pierrot Narcisse Nzie, a abouti au renvoi de 17 accusés devant la justice. Parmi eux figurent des personnalités influentes : Léopold Maxime Eko Eko, ex-patron de la DGRE, Justin Danwe, ancien directeur des opérations de ce service, Jean-Pierre Amougou Belinga, directeur de presse, et Stéphane Martin Savom, maire d’une commune de la région Centre.

Ce procès, initialement bloqué par des questions de procédure, a finalement débuté le 25 mars 2024. Les débats sur le fond ont démarré en septembre 2025, mais c’est aujourd’hui, avec ces images insoutenables, que l’affaire prend une dimension encore plus dramatique.