Présence russe au Mali : analyse de son impact sur la sécurité au Sahel
L’influence de la Russie dans la sécurité du Mali et du Sahel : un bilan contrasté
Moscou renforce-t-elle réellement la stabilité en Afrique de l’Ouest ou ses partenariats militaires révèlent-ils des faiblesses ?
Les récentes attaques coordonnées menées par des groupes armés au Mali ont mis en lumière le rôle des forces russes dans la région. Le 26 avril, des assaillants ont frappé simultanément Bamako, Kidal, Gao et Sévaré, provoquant la mort du ministre malien de la Défense et la prise de plusieurs villes clés. Face à cette offensive, l’armée russe, intégrée à l’Africa Corps, aurait apporté un soutien aérien, mais son intervention soulève désormais des questions sur son efficacité réelle.
Le Mali, en proie à une instabilité chronique depuis 2012, a vu l’arrivée massive de 2 000 combattants russes en 2021, succédant au retrait des troupes françaises et onusiennes. Initialement sous la bannière du groupe Wagner, ces forces ont été intégrées à l’Africa Corps après la mort d’Evgueni Prigojine en 2023. Leur mission ? Soutenir Bamako dans sa lutte contre les groupes djihadistes comme le JNIM (lié à Al-Qaïda) et le Front de Libération de l’Azawad (FLA).
Un retrait controversé après l’offensive du 26 avril
Lors des attaques du 26 avril, l’Africa Corps a annoncé avoir quitté Kidal, une ville stratégique du nord du Mali, après une décision conjointe avec les autorités maliennes. Cette retraite, négociée avec l’Algérie, a soulevé des interrogations : pourquoi ces forces, présentes depuis des années, n’ont-elles pas résisté davantage ?
Les analystes soulignent un changement de stratégie : là où Wagner agissait avec agressivité, l’Africa Corps privilégierait une approche plus défensive. Résultat ? Une perte de crédibilité pour Moscou, dont les promesses d’un soutien non colonial sont désormais contestées. « L’Africa Corps a clairement perdu en crédibilité », déclare Ulf Laessing, expert au sein du think tank Konrad-Adenauer Stiftung à Bamako. « Ils n’ont pas tenu leur position à Kidal, abandonnant du matériel et une station de drones, donnant l’impression d’un désengagement précipité. »
Quel bilan pour la Russie au Sahel ?
Depuis 2021, la Russie a multiplié les partenariats militaires en Afrique, se positionnant comme un acteur alternatif face à la France. Au Mali, au Niger et au Burkina Faso, les forces de l’Africa Corps (environ 100 en Niger et entre 100 et 300 au Burkina Faso) jouent un rôle plus symbolique que combatif. Leur présence vise surtout à sécuriser les régimes locaux, souvent issus de coups d’État récents.
Pourtant, les récents événements au Mali révèlent des limites :
- Un échec stratégique : La prise de Kidal, bastion touareg, et la mort du ministre de la Défense, architecte du partenariat avec Moscou, fragilisent l’image russe.
- Des accusations de passivité : Des responsables maliens ont reproché aux mercenaires russes de ne pas avoir réagi à l’avertissement lancé trois jours avant l’attaque.
- Un doute sur leur légitimité : Les populations locales et les observateurs s’interrogent sur la réelle capacité de l’Africa Corps à endiguer la menace djihadiste, d’autant que les groupes armés ciblent désormais Bamako.
Le Kremlin, de son côté, minimise l’échec en affirmant que ses forces ont soutenu les Maliens dans la défense du palais présidentiel. Le ministère russe de la Défense évoque même une coordination avec Bamako, bien que cette version ne soit pas confirmée par les autorités maliennes. Par ailleurs, Moscou accuse Kiev et des mercenaires européens d’avoir formé les assaillants, sans preuve tangible.
L’avenir des partenariats russes en Afrique de l’Ouest
La question se pose désormais : la Russie peut-elle encore séduire de nouveaux clients en Afrique ? Les récents événements au Mali pourraient dissuader d’autres pays de solliciter son aide militaire. « Il sera difficile pour Moscou de promouvoir l’Africa Corps après cet échec », estime Ulf Laessing. « Leur réputation est écornée. »
Dans l’immédiat, l’avenir de l’Africa Corps au Sahel reste incertain. Alors que le JNIM annonce un siège sur Bamako, les forces russes semblent en retrait, se concentrant sur des missions de soutien logistique. Leur capacité à inverser la tendance dépendra de leur réactivité face à la montée des groupes armés et de la confiance que leur accorderont les juntes militaires locales.